21 septembre 2016

autoportraits de Poussin

Les funérailles de Phocion, par Nicolas Poussin, 1648 


«  Poussin, ce moment cartésien de la peinture française, est aussi expressif dans le paysage de ses Funérailles de Phocion que dans son propre visage. Dans le paysage la nature est reconstruite, selon les lois de l'esprit humain, ses lois mathématiques : une ellipse organise toute la toile. Mais cette géométrie immanente à la nature n'est pas le squelette décharné de la construction : chaque segment de cette courbe régulatrice a son frémissement propre et sa poésie. Si, dans la philosophie réductrice  de Descartes, tout le réel s'évapore en fumée algébrique, dans la peinture de Poussin tout le sensible est maîtrisé par la raison et non exclu par elle. Phocion le juste, injustement condamné, conserve, dans la mort, la sérénité stoïcienne d'agencement du tableau nous rend directement sensible le principe ordonnateur de l'univers qui l'écrase, et, en même temps, la maîtrise de l'esprit et du regard qui l'accepte et le domine. L'autoportrait proprement dit de Poussin n'ajoute rien à cette vision du monde, sinon la façon dont il se voit lui-même s'insérer dans le monde. La nature n'y apparaît plus, comme fond du tableau, que d'une manière symbolique, en sa pure géométrie, et le sage qui s'accepte lui-même comme il accepte la loi du monde. De là le réalisme poussé des affaissements du visage, les yeux où n'étincelle l'éclair d'aucune surprise. Un buste sculpté dans la glaise lourde et grave d'un univers avec lequel le peintre, stoïcien et cartésien, a fait un pacte de vie ou de mort que semble sceller, par son ancrage au cœur des choses, le volume volontaire de sa personne en son immobile éternité. »   



Roger Garaudy





autoportrait de Nicolas Poussin, 1650