17 août 2016

Sur l'Hélène de Gustave Moreau



Hélène sur les murs de Troie, par Gustave Moreau 



Frêle sous ses bijoux, à pas lents, et sans voir
Tous ces beaux héros morts, dont pleurent les fiancées,
Devant l'horizon vaste ainsi que ses pensées,
Hélène vient songer dans la douceur du soir.

« Qui donc es-tu, Toi qui sèmes le désespoir? »
Lui râlent les mourants fauchés là par brassées,
Et la fleur qui se fane à ses lèvres glacées
Lui dit : « Qui donc es-tu ? » de sa voix d'encensoir.

Hélène cependant parcourt d'un regard morne
La mer, et les cités, et les plaines sans borne,
Et prie : « Oh! c'est assez, Nature! reprends-moi!

Entends ! Quel long sanglot vers nos Lois éternelles! »
 - Puis, comme elle frissonne en ses noires dentelles, 
 Lente, elle redescend, craignant de « prendre froid ».


   Jules Laforgue