22 juin 2016

La mort de Cléopâtre



Cléopâtre, scène lyrique Paroles de Pierre-Ange Vieillard, musique d'Hector Berlioz 

  C’en est donc fait! ma honte est assurée. 
Veuve d’Antoine et veuve de César, 
Au pouvoir d’Octave livrée, 
Je n’ai pu captiver son farouche regard. 
J’étais vaincue, et suis déshonorée. 

 En vain, pour ranimer l’éclat de mes attraits, 
J’ai profané le deuil d’un funeste veuvage;
 En vain, en vain, de l’art épuisant les secrets,
 J’ai caché sous des fleurs les fers de l’esclavage; 
Rien n’a pu du vainqueur désarmer les décrets.
 A ses pieds j’ai traîné mes grandeurs opprimées.
 Mes pleurs même ont coulé sur ses mains répandus, 
Et la fille des Ptolémées
 A subi l’affront des refus! 
Ah! qu’ils sont loin ces jours, tourment de ma mémoire,
 Où sur le sein des mers, comparable à Vénus, 
D’Antoine et de César réfléchissant la gloire, 
J’apparus triomphante aux rives du Cydnus! 

 Actium m’a livrée au vainqueur qui me brave; 
Mon sceptre, mes trésors ont passé dans ses mains; 
Ma beauté me restait, et les mépris d’Octave 
Pour me vaincre ont fait plus que le fer des Romains. 
Ah! qu’ils sont loin ces jours, etc. 
Mes pleurs même ont coulé sur ses mains répandus, 
J’ai subi l’affront des refus. 
Moi !... qui du sein des mers, comparable à Vénus,
 M’élançai triomphante aux rives du Cydnus! 

 Au comble des revers, qu’aurais-je encore à craindre? 
Reine coupable, que dis-tu? 
Du destin qui m’accable est-ce à moi de me plaindre? 
Ai-je pour l’accuser les droits de la vertu? 

 J’ai d’un époux déshonoré la vie. 
C’est par moi qu’aux Romains l’Égypte est asservie, 
Et que d’lsis l’ancien culte est détruit.
 Quel asile chercher? Sans parents! sans patrie! 
Il n’en est plus pour moi que l’éternelle nuit!

 Méditation 

[ How if when I am laid into the tomb ... (Shakespeare)]

 Grands Pharaons, nobles Lagides, 
Verrez-vous entrer sans courroux,
 Pour dormir dans vos pyramides,
Une reine indigne de vous? 
Non!.. non, de vos demeures funèbres 
Je profanerais la splendeur! 
Rois, encor au sein des ténèbres,
 Vous me fuiriez avec horreur.
Du destin qui m’accable est-ce à moi de me plaindre?
 Ai-je pour l’accuser le droit de la vertu?
Par moi nos dieux ont fui d’Alexandrie, 
Et d’Isis le culte est détruit.
Grands Pharaons, nobles Lagides, 
Vous me fuiriez avec horreur! 
Du destin qui m’accable est-ce à moi de me plaindre? 
Ai-je pour l’accuser le droit de la vertu? 
Grands Pharaons, nobles Lagides, 
Verrez-vous entrer sans courroux, 
Pour dormir dans vos pyramides, 
Une reine indigne de vous? 
Non, j’ai d’un époux déshonoré la vie.
 Sa cendre est sous mes yeux, son ombre me poursuit. 
C’est par moi qu’aux Romains l’Égypte est asservie. 
Par moi nos dieux ont fui les murs d’Alexandrie, 
Et d’Isis le culte est détruit. Osiris proscrit ma couronne. 
A Typhon je livre mes jours! 
Contre l’horreur qui m’environne 
Un vil reptile est mon recours. 
Dieux du Nil... vous m’avez... trahie!
 Octave... m’attend... à son char. 
Cléopâtre en... quittant... la vie, 
Redevient digne de... César !