16 avril 2016

L'âge d'or

L'âge d'or par Pierre de Cortone, 1637 


Le premier âge à voir le jour fut l'âge d'or qui , sans juge, spontanément, sans lois, pratiquait la bonne foi et le droit.
On ignorait punitions et crainte, on ne lisait pas d'édits menaçants gravés dans le bronze ; la foule suppliante ne redoutait pas le visage de son juge, mais on vivait tranquille, sans défenseur.
Le pin toujours debout n'avait pas encore dévalé les montagnes vers les ondes liquides pour visiter un monde étranger, et les hommes ne connaissaient que leurs propres rivages.
Des fossés escarpés ne ceignaient pas encore les cités ; il n'existait ni trompette d'airain au tube étiré, ni cor recourbé, ni casque, ni épée ; sans recourir à une milice, les gens vivaient dans la paix d'agréables loisirs.
La terre, sans contrainte elle aussi, épargnée par le hoyau, ignorant les blessures de la charrue, offrait tout d'elle-même. Les gens, se contentant de nourritures produites sans effort, recueillaient les fruits des arbousiers, les fraises des montagnes, les cornouilles, les mûres attachées aux âpres ronces et les glands tombés de l'arbre de Jupiter aux larges branches.
Le printemps était éternel et, de leurs souffles tièdes, les doux zéphyrs caressaient des fleurs nées sans semences. Bientôt même, la terre, sans être labourée, produisait des moissons, et le champ, non travaillé, blondissait sous de lourds épis. Tantôt coulaient des fleuves de lait, tantôt des fleuves de nectar, et de l'yeuse verdoyante tombaient des gouttes de miel blond.
 



Ovide