23 mars 2015

Peinture

Pins au coucher du soleil, par Vincent Van Gogh, 1889 




Vue de Ueno, de l'autre côté de l'étang de Shinobazu
à travers les branches d'un pin, par Hiroshige, 1857
 


Soudain — ce fut vraiment soudain. Arrêté à la devanture d’une librairie, il regardait un livre de peintures de Van Gogh quand soudain il comprit la peinture. Le livre ne reproduisait bien sûr que des photographies. Mais, même à travers elles, il sentait vivre la nature dans toute sa fraîcheur.
La passion qu’il nourrit pour ces peintures transforma sa vision des choses. Il se mit inconsciemment à prêter une attention continuelle aux sinuosités des branches d’arbres et à la courbe des joues des femmes.
Un jour d’automne pluvieux, il passait au crépuscule sous le pont de chemin de fer d’un quelconque faubourg. Sous le remblai de l’autre côté du pont, une charrette était arrêtée. Alors qu’il la dépassait, il eut tout à coup le sentiment que quelqu'un avait avant lui passé ce chemin. Quelqu'un ? Il savait très bien qui. Il avait vingt-trois ans et dans son cœur il y avait un Hollandais avec une oreille coupée qui, une longue pipe à la bouche, fixait sur ce paysage un regard perçant...  



Ryūnosuke Akutagawa