1 octobre 2014

Les quatre cavalières de l'Apocalypse

L'interprétation de Gaby Merman sur sa page officielle  


J’y suis. Elles sont achevées, toutes les quatre. Et le moment est venu pour moi d’expliquer ce que j’ai fait, et peut-être par là même de répondre aux questions que vous avez pu vous poser en les regardant. Je commencerai avec l’explication de leur genre. Étant français, j’ai remarqué que dans cette langue, Famine, Mort, Pestilence et Guerre sont des noms féminins. J’ai alors réalisé qu’il pouvait être intéressant de faire une interprétation avec des entités féminines. Après tout, notre époque voit l’identité féminine devenir plus forte que jamais, et enfin prendre l’égalité qu’elle mérite. Les personnages féminins ne sont pas toujours obligées d’être des mères, des saintes, des prostituées ou des sorcières. Elles peuvent être aussi de loyaux soldats, envoyés des cieux. À vrai dire, ces quatre-là sont plus qu’humains. Ils sont des forces métaphoriques. Cette considération menant au « pourquoi ». L’Apocalypse selon Saint Jean est trop souvent montrée comme une effroyable, désordonnée et inévitable fin du monde. 

Ma lecture - et ce n’est rien de plus que cela, ma lecture - perçoit les Quatre Cavaliers comme un nettoyage intérieur. Je veux dire, comme de nombreuses cultures (particulièrement africaines et sud américaines) proposent la possibilité d’être purgé de toutes les mauvaises vibrations, cela nécessitant un redémarrage complet du corps et de l’âme, les Cavaliers peuvent incarner les quatre phases de cette réinitialisation. 




Puis je vis l'Agneau ouvrir le premier sceau, et j'entendis l'un des quatre Animaux proférer comme un coup de tonnerre : «Viens ». Je vis paraître alors un cheval blanc; son cavalier tenait un arc, on lui remit une couronne et il sortit en vainqueur pour vaincre encore. 

 La Pestilence est la première étape, le poison, la maladie qui vous fait littéralement chasser toutes les mauvaises matières hors du corps. Elle est l’infirmière qui désire réellement vous aider, en dépit de son apparence. Elle est terre-à-terre et ne sait que faire disparaître ce qui vous tue lentement. N’ayez pas peur, les marques sur votre corps ne sont que le mal qui s’échappe, tout comme la douleur de vos entrailles et de votre estomac qui se vide. La signification de cette Cavalière de Deniers est : « Donne un peu de temps à ton corps pour qu’il guérisse, tout comme aux éléments concrets de ta vie. »





 Lorsqu'il ouvrit le deuxième sceau, j'entendis le deuxième Animal dire : «Viens» ; il sortit un autre cheval, roux ; il fut donné à son cavalier d'ôter la paix de la terre, de façon qu'on s'entre-tuât ; et on lui remit une grande épée. 

La suivante est la Guerre, la guerre que vous devez faire à vos démons intérieurs, toute la haine, les émotions tordues qui brouillent l’esprit. Elles doivent être enchaînées sinon intégralement détruites. C’est une guerrière, commandante en chef de votre armée intime, assaillant la légion de démons qui ne cessent de murmurer de terribles pensées. Elle empilera froidement leurs têtes, et leur sang glacé recouvrira sa lame. Le cheval est rouge-feu, prêt à porter sa cavalière jusqu’à ce que le dernier démon ne meure. La signification de cette Cavalière d’Épées est : « Méfie-toi du vice qui t’entoure, et du vice dans ton coeur. Ne sois pas trop froid, n’analyse pas trop. Apprends la clémence. »





Lorsqu'il ouvrit le troisième sceau, j'entendis le troisième Animal dire : «Viens» ; je vis paraître un cheval noir , dont le cavalier portait une balance à la main, et j'entendis au milieu des quatre Animaux une sorte de voix proclamer : « Un denier la mesure de blé ! Un denier les trois mesures d'orge ! Quant à l'huile et au vin, épargnez les !».

Puis la Famine. Elle est l’affinement de la purge. La serveuse aux mains vides. Elle assèche le corps à l’intérieur et le fait transpirer à l’extérieur, mais vous ne pouvez ni boire ni manger. Cela tire l’esprit vers un autre niveau de conscience. Les coupes sont toujours hors de portée, vous ne pouvez pas vérifier à quel point elles sont vides. Chaque partie de vous mendie la moindre goutte d’eau, la plus petite miette de pain. Ses bras et ses doigts anormalement longs sont là pour vous rappeler à quel point le fil d’une araignée est parfois plus fort qu’un boeuf aux muscles gonflés. La signification de cette Cavalière de Coupes est : «La soif de tout est bonne. Mais ne t’y perds pas. Souviens-toi que la nourriture n’est pas seulement dans une assiette, et que ton ventre n’est pas la seule partie de toi qui doit être nourrie. »





 Lorsqu'il ouvrit le quatrième sceau, j'entendis la voix du quatrième Animal dire : «Viens» ; et je vis paraître un cheval verdâtre, dont le cavalier s'appelle la Mort ; le séjour des morts l'accompagnait. Il leur fut donné pouvoir sur le quart de la terre, pour occire par le glaive, la famine et la peste, et par les fauves.  


 Et enfin, la Mort. Elle est le réel redémarrage. La vraie renaissance, quand votre âme est un livre blanc attendant d’être écrit une nouvelle fois. Elle éloigne tous les déchets de votre ancien Vous. Elle est en deuil pour ce que vous étiez, mais encourage secrètement la personne que vous êtes sur le point de devenir. Elle ferme le rituel, vous invitant à tout abandonner au monde invisible. L’Enfer la suit, car c’est là-bas qu’elle retournera, avec tout votre mal auquel il appartient. Elle ravive votre flamme éternelle pour de bon. Elle dit, « Maintenant, va. » La signification de cette Cavalière de Bâtons est : « Tente de contrôler les extrêmes de ta vie, car cela peut être aussi fantastique que fatal. » Du point de vue du Tarot, ce sont les cartes pour lesquelles je me suis senti le plus libre dans la réinterprétation. J’ai pour habitude de diriger ma vision vers les significations habituelles, mais pour elles j’ai été un peu plus loin. Bien que ce ne soit certainement pas traditionnel, j’espère néanmoins que certains trouveront cela intéressant. Je suis conscient que ceci est une façon profondément personnelle et subjective de voir ce texte de l'Apocalypse, mais la relecture est comme maintenir en vie quoi qu’il en soit, et je le fais avec amour. La qualité du sacré est que ce qui est sacré peut l’être d’autant de façons qu’il y a d’âmes pour le recevoir. Et voici la mienne.