25 mai 2014

Mozart et Stendhal


  « Une oreille exercée retire de la lecture de Stendhal la même impression qu’elle éprouve à entendre la musique de Mozart : beaucoup de tristesse dite avec la plus grande joie. Il serait trop facile de croire que la tristesse est dans le fond et la joie dans la forme. C’est bien plus compliqué. La tristesse et la joie sont mélangées, entrelacées, inséparables l’une de l’autre, au point que l’on peut dire qu’il s’agit d’une grande tristesse joyeuse. Les lettres de Stendhal s’écoutent comme des sonates de Mozart,  des sonates brutes pour ainsi dire, sans le soutien de la rhétorique. Il n’y a que la mélodie, non le contrepoint, qui est une politesse à l’égard du public et un cadre où s’enferme l’art. L’une des choses les plus étonnantes dans la vie de Stendhal, c’est que ce Mozart français ait vécu jusqu’à cinquante-neuf ans, qu’il ait eu un gros ventre, un faux toupet sur la tête et des tendances à l’apoplexie. On se demande comment une nature aussi angélique n’a pas été enlevée en pleine jeunesse. »   

Jean Dutourd