29 avril 2014

une lumière païenne




Matinée sur la Seine, Claude Monet 1898 


« Dans l'œuvre de Claude Monet, je tiens Matinée sur la Seine (1898) pour une toile majeure parce que, dans l’ignorance du titre, on ne saurait imaginer le sujet peint par Monet tant l’impression produite par celui-ci sur celui—là fait exploser le cadre habituel de la figuration, de la représentation, du sujet.  Seul le titre montre ce qu’il faut voir si l’on souhaite savoir ce qui a été peint ; à défaut de titre, en dehors du sujet, on ne voit plus que le comment de cette toile, la façon la pure peinture. Informé par le titre, on voit la ligne d’horizon, blanche, et la répartition de l’œuvre comme un pliage en deux parties égales : partie supérieure, le motif, autrement dit des arbres touffus, feuillus, une trouée dans la lumière masquée par le brouillard ; partie inférieure, le reflet du motif, la même chose, mais inversée, dupliquée par l’eau elle-même affectée par le brouillard. Eau de l’air, eau de l’eau, eau de la peinture, vaporisations partout et camaïeux de blancs et de vers pâles. Sur cette toile, quand on fait abstraction du titre, il n’y a plus de sujets — juste la matière de la peinture, autrement dit : une lumière païenne. »   



Michel Onfray