30 mars 2014

Monte sur moi




Monte sur moi comme une femme 
Que je baiserais en gamin 
Là. C’est cela. T’es à ta main ? 
Tandis que mon vit t’entre, lame 

Dans du beurre, du moins ainsi 
Je puis te baiser sur la bouche, 
Te faire une langue farouche 
Et cochonne et si douce, aussi ! 

Je vois tes yeux auxquels je plonge 
Les miens jusqu’au fond de ton cœur 
D’où mon désir revient vainqueur 
Dans une luxure de songe. 

Je caresse le dos nerveux, 
Les flancs ardents et frais, la nuque, 
La double mignonne perruque 
Des aisselles et les cheveux ! 

Ton cul à cheval sur mes cuisses 
Les pénètre de son doux poids 
Pendant que s’ébat mon lourdois 
Aux fins que tu te réjouisses, 

Et tu te réjouis, petit, 
Car voici que ta belle gourle 
Jalouse aussi d’avoir son rôle, 
Vite, vite, gonfle, grandit, 

Raidit... Ciel ! la goutte, la perle 
Avant-courrière vient briller 
Au méat rose : l’avaler, 
Moi, je le dois, puisque déferle 

Le mien de flux, or c’est mon lot 
De faire tôt d’avoir aux lèvres 
Ton gland chéri tout lourd de fièvres 
Qu’il décharge en un royal flot. 

Lait suprême, divin phosphore 
Sentant bon la fleur d’amandier, 
Où vient l’âpre soif mendier, 
La soif de toi qui me dévore 

Mais il va, riche et généreux, 
Le don de ton adolescence, 
Communiant de ton essence, 
Tout mon être ivre d’être heureux.   



Paul Verlaine