21 septembre 2013

Fier d'être belge



Silène ivre, Pierre Paul Rubens, Pinacothèque de Munich 

  « Cher Monsieur,  Je me crois obligé de vous informer que je suis français et que ce n'est que par une étrange inadvertance de mes auteurs que je me trouve être sujet belge. Outre cette gaffe de naissance, celle de ma trop légère option demanderait enfin réparation ; vous conviendrez que je ne puis être fier d'être belge. Cela ne m'est, certes pas arrivé qu'une seule fois dans ma vie, à Munich, devant les soixante-quinze glorieux Rubens de la pinacothèque. La Belgique actuelle est un mensonge, un milieu neutre et pleutre qui me dégoûte au-delà de toute expression. N'étaient les vingt-huit jours, l'ennui de l'uniforme (généralement assez hideux !), les cinq cents francs à verser, je me ferais français demain pour appartenir enfin à une vraie nation. Les belges n'eurent de moments mémorables dans l'histoire que sous les dominations… Réduits à leur unique initiative aujourd'hui, âpre s'être séparés des hollandais au cri de l'Union fait la force, - leur devise de troupeau, - ils s'achèvent dans le néant des conflits les plus mesquins et les plus bêtes, poursuivis toujours, malgré la sotte devise, de l'idiote rage de se diviser de plus en plus…  Le Roi était en Belgique un de mes très rares amis. Il est vrai que, depuis qu'il est dans les ivoires et les caoutchoucs congolais qui lui coûtent à la fois beaucoup d'argent, beaucoup de nègres et beaucoup de belges, ma peinture ne peut plus suffisamment l'intéresser… Il fallait bien d'ailleurs que Baudelaire eût plus que jamais raison : en Belgique, pas d'art ; il faut être grossier pour être compris. »   



Henry de Groux