9 septembre 2013

artiste, philosophe et passionné ...

Charles Maurras, photographié à sa table de travail 

  « Un critique qui est à la fois un artiste, un philosophe et un passionné ; un écrivain qui ne prend point les auteurs pour s'en faire un piédestal, mais pour leur en élever un ; un auteur qui sait lire, qui aime lire ; n'est-ce pas, dans la démocratie littéraire de ce temps, un homme vraiment rare et qui semble même unique ? — Je ne sais pas de prose plus légère, plus ailée que la sienne. Charles Maurras a la grâce, l'ironie discrète, l'élégance et, — comme son maître Anatole France, — le goût qui ne force jamais le trait et dit tout d'un mot. Lisez ses contes philosophiques, ses études sur Anatole France, Jean Moréas. C'est la façon d'écrire, — encore que rajeunie avec un sens exquis du moderne, — du La Fontaine des Amours de Psyché, du Fontenelle des Dialogues des Morts. Qui me disait donc qu'il n'y avait plus de tradition ? Les meilleurs et les plus originaux écrivains de l'époque sont justement des lecteurs assidus de nos classiques, sans que leur fidélité au passé les empêche d'innover et mieux, plus sûrement que ces farouches destructeurs d'idoles, — toujours prêts à s'attaquer à des dieux. Ce serait cependant calomnier Charles Maurras de dire qu'il appartient à cette époque d'hommes médiocres : il est au-dessus d'elle comme tous ceux dont la pensée demeurera. Pour moi, je le vois très bien à cette académie platonicienne que fonda le grand Cosme de Médicis. D'ailleurs sa physionomie ardente, mais belle de calme force, rappelle absolument certains portraits des Uffizi. C'est qu'aussi, au point de vue intellectuel, Charles Maurras est moins un français de nos contemporains qu'un de ces nobles florentins du XVe siècle, épris de la pensée et de l'art lumineux des Anciens. »   


Hughes Rebell


Portrait de Bartolomeo Panciatichi par Bronzino