21 juillet 2013

littérature et théâtralité


eau-forte de Frédéric Villot, 1847,
d'après un autoportrait d'Eugène Delacroix à 21 ans (1819)


  « Il peint. Il a aujourd’hui vingt et un ans. Quelle tête a-t-on, en 1819, lorsqu’on a vingt et un ans, que l’on est artiste et que l’on s’appelle Eugène Delacroix. Et quelle tête se fait-on, si, à cette date, l’on peint son premier autoportrait ! Tout simplement... une tête romantique. Ce n’est d’ailleurs pas une peinture mais un dessin gravé à l’eau-forte par Frédéric Villot. Regardons... ô le beau ténébreux ! Farouche, le visage sort de l’ombre noire, le regard fixe et dur sous l’arc allongé et très ferme des sourcils ; la bouche, bien dessinée, est amère; les pommettes larges, saillent et donnent à l’ensemble des traits une juvénile brutalité. Tout le visage s’écrase dans une haute cravate blanche. L’air est d’un jeune Conventionnel qui ne poserait la plume de l’églogue que pour réclamer la mort du roi. Bref, ce portrait est littéraire en diable. On croirait celui d’un acteur tout pénétré de son rôle et qui serait celui d’Hamlet. Et, déjà, tous les défauts du futur maître — mais, grâce à Dieu, le génie s’en mêlera... — apparaissent : littérature et théâtralité. » 

 Jean Cau