15 juin 2013

un bien méchant petit tableau


Les Baigneuses Picasso, 1918 

 « Quant à évaluer Picasso, [...], il y faudrait, justement, il y faudra, du temps, beaucoup de temps. Deux attitudes sont possibles. Ou bien l'on considère que l'on ne juge pas de telles œuvres, que ce sont elles qui nous jugent. Picasso dès lors ne peut pas faillir, il est de bout en bout génial, et si nous n'aimons pas ceci ou cela, c'est que nous n'en sommes pas encore capables : rendez-vous pris pour l'avenir. Ou bien, et malgré l'expérience qui nous a déjà montrés si changeants, nous nous risquons à des avis, des enthousiasmes, des préférences mais aussi des réserves, ou même des rejets. Voici par exemple Les Baigneuses [...], petit tableau peint à Biarritz pendant l'été 1918. Viendra-t-il un jour où je verrai dans cette toile autre chose que ce que j'y vois aujourd'hui, la médiocre pochade, un peu naïve, d'un décorateur pour restaurant balnéaire ? Décorateur, Picasso ? et, surtout,  naïf  ? Cela ne peut pas être. Il n'empêche que c'est un bien méchant petit tableau. La signature seule le rend troublant.»


   Renaud Camus