10 avril 2013

Sermon de St Antoine aux poissons




« Poissons ! Plus on se tient loin des hommes, mieux on se porte ; de leur commerce et de leur familiarité, Dieu vous délivre ! Si les animaux de la terre et de l’air veulent être leurs familiers, qu'ils le fassent, bien qu'ils le paient cher. Le rossignol chante pour eux, mais dans sa cage ; le perroquet leur raconte des histoires, mais rivé à sa chaîne ; le faucon va à la chasse avec eux, mais dans ses liens ; le singe leur fait des bouffonneries, mais attaché à sa branche; le chien est content de ronger un os, mais on l’emmène en laisse là où il ne veut pas aller ; le bœuf est fier qu'on dise qu'il est beau ou noble, mais avec le joug sur la nuque, tirant sur la charrue et la voiture ; le cheval s’enorgueillit de mâcher des mors dorés, mais sous le fouet et l’éperon ; et si les tigres ou les lions acceptent la ration de viande qu'ils n’ont pas chassée dans la nature, ils seront prisonniers et enfermés derrière des grilles de fer. Et pendant ce temps vous, poissons, loin des hommes et hors de cette servilité, vous vivrez entre vous, oui, mais comme des poissons dans l’eau. Partout vous avez l’exemple de cette vérité, que je veux vous rappeler, parce qu'il y a des philosophes qui disent que vous n’avez pas de mémoire.»  


   António Vieira






Padre António Vieira