22 avril 2013

Rimbaud par Verlaine



Le bateau ivre 

 « De toute l'œuvre en vers de Rimbaud, œuvre dont je me réjouis , dans la tristesse de la mort précoce de cet unique poète, d'avoir inauguré en quelque sorte la gloire, — je crois qu'on peut, avec moi, préférer le Bateau Ivre.  Et n'est-il pas prophétique, hélas ! en outre, ce chef-d'œuvre en dehors de toute littérature, au-dessus, peut-être, comme a si bien nuancé Félix Fénéon parlant de l'œuvre entier, — qui comme un bateau, lui prête des élans, des appétences vers les aventures loin du connu, et pronostique vingt ans d'avance la fin, dirai-je héroïque ? en tout cas, noble et fière de ce poète s'isolant d'une notoriété si méritée, renonçant aux caresses des admirations d'élite, pour suivre, pour vivre son rêve de nouveau, de pire et de mieux, — par le monde, à travers les choses et les gens avidement vus, comme dévorés, pour lui seul le hautain poète assoiffé, affamé, ivre , repu, inassouvi de vraie dignité, libre à souhait, toujours en avant, — mourant dans sa volonté faite ?  » 

 Paul Verlaine





Verlaine et Rimbaud