8 avril 2013

L'appel du large



L'appareillage, par Johan Bennetter  


Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme, 
Le cœur gros de rancune et de désirs amers, 
Et nous allons, suivant le rythme de la lame, 
Berçant notre infini sur le fini des mers. 
Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent 
Pour partir, cœurs légers, semblables aux ballons, 
De leur fatalité jamais ils ne s’écartent, 
Et sans savoir pourquoi, disent toujours : 
Allons ! Amer savoir, celui qu’on tire du voyage ! 
Le monde, monotone et petit, aujourd’hui, 
Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image : 
Une oasis d’horreur dans un désert d’ennui ! 


 Charles Baudelaire