26 mars 2013

L’incroyable liberté sexuelle de Picasso



Dora et le Minotaure, Picasso, 1936


  « J’ouvre la radio, et j’entends Michel Houellebecq réitérer ses étranges attaques contre Picasso:
Picasso, c’est juste un très mauvais peintre, un des plus mauvais de sa génération, il est très inférieur à Kandinsky, très inférieur à presque tous, Klee, Mondrian, presque tout le monde est supérieur à Picasso, même Dali. Non, c’est vraiment pas bon, ça, c’est clair que c’est pas bon. Ce que pense Philippe Sollers est intéressant, ç’aurait été aussi intéressant une polémique avec Muray, que j’ai eue d’ailleurs brièvement quand on se voyait, j’ai toujours dit que Picasso, ça n’allait pas. Y a pas de lumière, sa manière de voir le monde est stupide, il prend un des mouvements les plus stupides déjà, le cubisme, il est le pire des cubistes… Il est mauvais. 
Bien entendu, l’obsession du charmant Houellebecq contre Picasso n’a rien à voir avec la peinture. Les réactionnaires puritains de tout poil ont toujours eu des problèmes avec l’incroyable liberté sexuelle de l’auteur des Demoiselles d’Avignon. Notre romancier réaliste social, futur prix Goncourt, ne fait là que relayer une longue série d’invectives, dont les plus spectaculaires ont eu lieu à la fin de la vie de Picasso, lorsque le public anglo-saxon, épouvanté, a eu connaissance des éclatantes Étreintes du Minotaure. Un critique d’art anglais, officiellement homosexuel, écrivait alors:
Ces tableaux sont des gribouillages incohérents exécutés par un vieillard frénétique dans l’antichambre de la mort. 
Passons. »  



   Philippe Sollers
Journal du Dimanche,
25 septembre 2010