16 décembre 2009

La disparition

...Un voisin compatissant l'accompagna à la consultation à l'hôpital Cochin . Il donna son nom, son rang d'immatriculation à l'Association du travail . On l'invita à subir auscultation , palpation, puis radio . Il fut d'accord . On l'informa : souffrait – il ? Plus ou moins, dit – il . Qu'avait – il ? Il n'arrivait pas à dormir ? Avait – il pris un sirop ? Un cordial ? Oui, il avait , mais ça n'avait pas agi . Avait – il parfois mal à l'iris ? Plutôt pas . Au palais ? Ca pouvait ; Au front ? Oui. Aux conduits auditifs? Non, mais il y avait , la nuit , un bourdon qui bourdonnait . On voulut savoir : un bourdon ou un faux - bourdon ? Il l'ignorait . Il fut bon pour l'oto-rhino, un gars jovial , au poil ras, aux longs favoris roux , portant lorgnons , papillon gris à pois blancs , fumant un cigarillo qui puait l'alcool. L'oto-thino prit son pouls, l'ausculta, introduisit un miroir rond sous son palais , tripota son pavillon , farfouilla son tympan, malaxa son larynx , son naso – pharynx , son sinus droit , sa cloison . L'oto-rhino faisait du bon travail , mais il sifflotait durant l'auscultation ; ça finit par aigrir Anton...


« La chose horrible dans le livre si pédant de Georges Perec écrit entièrement sans E, c'est qu'il y a deux E dans son nom. »

Dominique de Roux