9 novembre 2009

Celui qui a dit merdre


Le père Ubu par Alfred Jarry , et un dessin de Jacques Faizant


[...] Le père Ubu existait-il vraiment avant que Charles de Gaulle ne le devienne? De Gaulle a fait don de sa personne à la littérature, en incarnant Ubu plus qu'Ubu. Même gidouille, même giborgne... De Gaulle doit La Pléiade non pas à son inepte talent de mémorialiste, ni à son importance politique, mais à sa puissance fantasmatique de personnage de fiction. Allez faire comprendre ça aux gaullistes et aux antigaullistes!

Etre gaulliste, c'est très ringard, d'accord, mais être antigaulliste, c'est encore pire! La France d'aujourd'hui n'a plus rien de gaullienne: voici le temps des flics et des voyous. Nous vivons dans une mafiatisation généralisée de la société, avec ses «contrats» planant comme des auréoles au-dessus de tous les corps vivants. En plein assassinat social sur fond de libéralisme internétisé, la diabolisation de De Gaulle est inutile. S'énerver contre de Gaulle signifie qu'on n'arrive pas à garder son calme face à Bach, au Tintoret ou à Michel-Ange, bref à tout ce qui compte vraiment dans la vraie vie.

Jean-Christophe Averty a adapté Ubu roi pour la télévision en 1965, sous de Gaulle. Voilà un acte antigaulliste courageux, drôle et possible! Sans oublier celui d'Albert Spaggiari qui, comme le héros de Man Hunt [Chasse à l'homme] de Fritz Lang, a tenu le «Dictateur» dans le viseur de son fusil, mais qui n'appuya pas sur la gâchette. Deux façons de dire merdre à celui qui n'a su dire que non.