21 avril 2009

art riche


Madone du chanoine van der Paele - Van Eyck, 1436


« Consultez les maîtres. Ils nous donnent tous le conseil de ne pas faire d’art pauvre. De tout temps, ils ont introduit dans leurs tableaux tout ce qu’ils connurent de plus riche, de plus brillant, de plus rare, de plus étrange parfois, tout ce qui, autour d’eux, passait pour précieux et magnifique. Dans leur sentiment, c’est ennoblir le sujet que de l’encadrer dans une profusion de formules décoratives, et leur respect, leur piété ressemblent à ceux des Rois Mages apportant sur le seuil de la crèche le tribut des contrées lointaines. Voyez leurs Madones, incarnation de leur rêve de beauté le plus haut : quels ajustements, quelles couronnes, quels bijoux, que de broderies sur le bord des manteaux, que de trônes ciselés !... Dira-t-on, cependant, que les pesants orfrois dont il les accable fassent des grands-prêtres de Rembrandt des images de réalisme ? Dira-t-on que le faste royal des Vierges de Van Eyck contrarie l’onction ou le recueillement de ces graves figures ? Au contraire, le mobilier somptuaire et les accessoires même, qui se combinent en un étalage d’un prix incalculable dans les œuvres des maîtres du passé, renforcent la ligne du thème abstrait, et l’on voit parfois ces grands génies naïfs jeter dans leurs compositions je ne sais quelle délicieuse végétation, je ne sais quelle faune absurde et ravissante, des moissons de fleurs, des guirlandes de fruits inconnus, des animaux nobles et gracieux. »