29 janvier 2012

Un courage surhumain



Photographie de Cornell Capa  


« La télévision n'exige du spectateur qu'un acte de courage - mais il est surhumain - , c'est de l'éteindre. »   

Pascal Bruckner



27 janvier 2012

Le lieu des morts




Quel est le lieu des morts,
Ont-ils droit comme nous à des chemins,
Parlent - ils, plus réels étant leurs mots,
Sont-ils l’esprit des feuillages ou des feuillages plus hauts ?



Phénix a -t’il construit pour eux un château,
Dressé pour eux une table ?
Le cri de quelque oiseau dans le feu de quelque arbre
Est-il l’espace où ils se pressent tous ?



Peut-être gisent-ils dans la feuille du lierre,
leur parole défaite
Etant le port de la déchirure des feuilles, où la nuit vient.


 Yves Bonnefoy



25 janvier 2012

El Dinosaurio ( Le Dinosaure )



 

« Cuando despertó, el dinosaurio
todavía estaba allí. » 

« Quand il se réveilla,
 le dinosaure était encore là. »

  Augusto Monterroso


un très court récit !!! (micronouvelle)

23 janvier 2012

Alas, poor Yorick!

Hamlet , par Carel Weight




First Clown:
A pestilence on him for a mad rogue! 'a pour'd a flagon
of Rhenish on my head once. This same skull, sir, was, sir,
Yorick's skull, the King's jester.

Hamlet:
This? [Takes the skull]

First Clown:
E'en that.

Hamlet:
Alas, poor Yorick! I knew him, Horatio, a fellow of infinite
jest, of most excellent fancy. He hath bore me on his back a
thousand times, and now how abhorr'd in my imagination it is!
My gorge rises at it.

Hamlet Act 5, scene 1, 179–188

William Shakespeare



21 janvier 2012

un beau crépuscule



Crépuscule méditerranéen, Pierre Bonnard, 1940 

  « La vérité, comme la lumière, aveugle. Le mensonge, au contraire, est un beau crépuscule, qui met chaque objet en valeur.»   

Albert Camus




19 janvier 2012

déguisé en oiseau



Grotte de Lascaux : un homme ithyphallique à tête d'oiseau,
 près d'un oiseau sur un pieu, face à un bison éventré qui le charge 



À ma mort
venez tous
déguisés en oiseaux


Kôji Yasui





17 janvier 2012

Efficace



Efficace comme le coït avec une jeune fille vierge 

Efficace 
Efficace comme l'absence de puits dans le désert 
Efficace est mon action 
Efficace 

Efficace comme le traître qui se tient à l'écart entouré de ses hommes prêts à tuer 
Efficace comme la nuit pour cacher les objets 
Efficace comme la chèvre pour produire des chevreaux 
Petits, petits, tout navrés déjà 

Efficace comme la vipère 
Efficace comme le couteau effilé pour faire la plaie 
Comme la rouille et l'urine pour l'entretenir 
Comme les chocs, les chutes et les secousses pour l'agrandir 
Efficace est mon action 

Efficace comme le sourire de mépris pour soulever dans la poitrine du méprisé un océan de haine, qui jamais ne sera asséché
Efficace comme le désert pour déshydrater les corps et affermir les âmes 
Efficace comme les mâchoires de l'hyène pour mastiquer les membres mal défendus des cadavres 
EFFICACE 
Efficace est mon action



 Henri Michaux


16 janvier 2012

Le désespoir

Le désespoir, par Jean-Joseph Perraud 


  « Il n'y a pas d'amour de vivre sans désespoir de vivre. » 



 Albert Camus



15 janvier 2012

jumpology



  « In a jump the subject, in a sudden burst of energy, overcomes gravity. He cannot simultaneously control his expressions, his facial and his limb muscles. The mask falls. The real self becomes visible. One has only to snap it with the camera. » 

« Dans un saut de l'objet, dans un sursaut d'énergie, surmonte la gravité. Il ne peut pas contrôler simultanément ses expressions, son visage et ses muscles des membres. Le masque tombe. Le vrai soi devient visible. Il suffit de l'enclencher avec la caméra. »   

Philippe Halsman


13 janvier 2012

ni pour les anges, ni pour les démons


« La tragédie est que la loi est faite pour l’homme, ni pour les anges ni pour les démons »

Hannah Arendt


Aphorisme commentant le récit de
l'histoire de Billy Budd par Herman Melville
 

12 janvier 2012

Billy in the darbies



Thomas Allen dans Billy Budd, opéra de Benjamin Britten
d'après le récit d'Herman Melville 



BILLY IN THE DARBIES

Good of the Chaplain to enter Lone Bay
And down on his marrow-bones here and pray
For the likes just o' me, Billy Budd. -- But look:
Through the port comes the moon-shine astray!
It tips the guard's cutlas and silvers this nook;
But 'twill die in the dawning of Billy's last day.
A jewel-block they'll make of me to-morrow,
Pendant pearl from the yard-arm-end
Like the ear-drop I gave to Bristol Molly --
O, 'tis me, not the sentence they'll suspend.
Ay, Ay, Ay, all is up; and I must up to
Early in the morning, aloft from alow.
On an empty stomach, now, never it would do.
They'll give me a nibble -- bit o' biscuit ere I go.
Sure, a messmate will reach me the last parting cup;
But, turning heads away from the hoist and the belay,
Heaven knows who will have the running of me up!
No pipe to those halyards. -- But aren't it all sham?
A blur's in my eyes; it is dreaming that I am.
A hatchet to my hawser? all adrift to go?
The drum roll to grog, and Billy never know?
But Donald he has promised to stand by the plank;
So I'll shake a friendly hand ere I sink.
But -- no! It is dead then I'll be, come to think.
I remember Taff the Welshman when he sank.
And his cheek it was like the budding pink.
But me they'll lash me in hammock, drop me deep.
Fathoms down, fathoms down, how I'll dream fast asleep.
I feel it stealing now. Sentry, are you there?
Just ease this darbies at the wrist, and roll me over fair,
I am sleepy, and the oozy weeds about me twist. 


   Herman Melville



10 janvier 2012

Messe



« Comment Monsieur le curé peut-il être sûr qu'aucun enfant de chœur ne pisse dans sa burette à vin ? Car il faut se venger quand on vous a tiré les oreilles. Ou ça remplace le vin qu'on a volé. Ou ça fait rire un camarade. Mais les bigots avalent n'importe quoi. » 

Tony Duvert



8 janvier 2012

comme les requins suivent les navires





« Les financiers suivent les événements comme les requins suivent les navires »   

Abel Bonnard



6 janvier 2012

contraint de modifier les conditions de sa nature



Icare et Dédale, par Frederick Leighton  


« Excuse mon entreprise, Jupiter, toi qui règnes dans les cieux. Ce que je veux, ce n’est pas violer la région des astres ; mais pour fuir un maître, je n’ai pas d’autre voie que ton domaine. Si le Styx m’offrait une route, nous passerions à la nage les eaux du Styx. Je suis contraint de modifier les conditions de ma nature. »  

Ovide



4 janvier 2012

vieux tigre bondissant dans la neige

vieux tigre bondissant dans la neige, Hokusai   

« Hokusai peint des poissons et des pêcheurs, des fleurs et des oiseaux, des courtisanes et des artisans, des pieuvres et des diables — beaucoup de diables, parfois vêtus en prêtres. Puis vient sa dernière œuvre, ce “ vieux tigre bondissant dans la neige ”. Il a quatre-vingt-neuf ans lorsqu'il l'attrape par le bout de son pinceau. Le tigre a une souplesse angélique comme si ses os, sa chair et son âme n'étaient plus que soie, flocon, brise. Il saute entre deux branches basses d'un arbre enneigé dont les extrémités épineuses, perçant le blanc, semblent être des griffes. Tout est devenu tigre, tout est devenu neige. La légèreté du fauve — il se glisse entre les flocons de neige sans en heurter un seul — est celle du chasseur converti par la vue du gibier, soudainement délivré de son instinct de mort. Hokusai pense à la fin de sa vie que la vie n'est que commencements “ À quatre-vingt-dix ans je pénètrerai le mystère des choses ; à cent ans, je serai décidément parvenu à un degré de merveille, et quand j'aurai cent dix ans, chez moi, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant. ”  À l'heure où j'écris, continuant à peindre après que la mort a lavé ses pinceaux, Hokusai a deux cent cinquante ans. le vieux tigre est de plus en plus souple, son bond a la forme de l'arc-en-ciel. »   

 Christian Bobin


 

2 janvier 2012

Bonne Année !



Bonne Année !
seule la télévision
me la souhaite
 

Sumitaku Kenshin


31 décembre 2011

c'est la fin de l'année

Cascade de Salles-la-Source 

  Le bruit de la cascade 
se fige — 
c'est la fin de l'année  

Fukuda Kinea






29 décembre 2011

entre frères

Caïn et Abel, par Titien 


« Elles sont terribles, les discussions et les luttes entre frères, lorsqu'ils se prennent de querelle ! » 


 Euripide




27 décembre 2011

Le Japon

Homme en armure, vers 1875, par Raimund von Stillfried


Rêve de laque et d'or, le Japon merveilleux,
Planète inaccessible, étonnement des yeux,
Brillait là-bas. Ce qu'il accomplissait naguère,
Aucun peuple n'a su ni ne saura le faire ;
C'était surnaturel à force d'être exquis ;
Son génie éclatait dans le moindre croquis.
Il avait sa façon de comprendre les choses ;
Les oiseaux, les poissons, l'arbre, les lotus roses.
La lune même, avaient des aspects inconnus
Dans son art fantastique et vrai pourtant. Corps nus, ou vêtus comme nul n'est vêtu sur la terre,
Les Japonais vivaient gaîment et sans mystère
Dans leurs maisons de bois aux cloisons de papier.
Nourris d'un peu de riz, exerçant un métier,
Ils travaillaient sans hâte, en riant ; leur envie
Se bornait simplement à jouir de la vie,
À cultiver des fleurs, à charmer leurs regards
Par tous ces bibelots qu'avaient créés leurs arts.
Ils poétisaient tout ; chez eux les hétaïres,
Adorables, étaient «marchandes de sourires».
De l'Extrême-Orient ils étaient l'Orient,
Et la Chine pour eux n'était que l'Occident.


Homme habillé à l'occidentale, vers 1875, par Raimund von Stillfried


Ils sont las d'être heureux ! Il leur faut l'Industrie,
Le labeur écrasant, la machine qui crie,
Siffle, obscurcit l'azur de ses noires vapeurs,
Nos costumes sans goût, sans formes, sans couleurs, notre vulgarité, nos chapeaux impossibles, nos pantalons, nos arts frelatés et nos bibles. Ils étaient jolis dans leurs habits japonais ;
Sous nos accoutrements ils veulent être laids.
Leurs femmes, d'élégance et de grâce prodiges,
Étaient comme des fleurs se penchant sur leurs tiges ; Elles pouvaient au monde imposer leurs atours, changer l'axe du beau, le thème des amours ! Mais telle qui traînait des robes de déesse
Avec nos falbalas n'est plus qu'une singesse.
C'en est fait ! du Japon il faut faire son deuil,
Tuer l'illusion et clouer son cercueil.
«L'Empire du Soleil Levant» n'est plus qu'un trope ;
C'est l'Extrême-Occident, le singe de l'Europe !  


Camille Saint-Saëns



Mélodies du Japon, de Camille Saint-Saëns

25 décembre 2011

un frôlement de soie




Lièvre des neiges —
il reste dans le monde
un frôlement de soie


   Usami Gyomoku



23 décembre 2011

étrangèreté

L'enlèvement de Proserpine par Pluton, par François Girardon 


« L'art est toujours étranger. Il se reconnaît à ce qu'il n'est obstinément pas nous. Ce qui en lui est universel, c'est son étrangèreté . Dans un monde sans frontières nous serions partout chez nous, quelle horreur ! Verlaine toujours : “ Que me veut cet at home obèse ? ”.  Proust est universel parce qu'il est, entre autres choses, très entre autres choses, merveilleusement français (et même français de Saint-André-des-Champs , pour parler comme lui). L'art qui naît universel n'est pas de l'art : au mieux il relève de l'industrie culturelle, au pis de la propagande (c'est souvent la même chose). La France intéressait le monde entier quand elle était profondément la France. Universelle, elle n'intéresse plus personne : tout le monde a aussi bien ou pire chez soi. »  

   Renaud Camus



Der Sieger, par Arno Breker