23 octobre 2014

Antiquité


Cheval et palefrenier, paravent japonais fin du XVIII ème siècle 


 Les bouddhas, les divinités, les chevaux et les fleurs de lotus aux couleurs écaillées l’oppressaient presque. Les yeux levés vers eux, il oubliait tout ; même son bonheur d’avoir rompu avec la fille d’une folle...   



Ryūnosuke Akutagawa

21 octobre 2014

Un aventurier solitaire de l'Art


Portraits de Delacroix


  « Il fut un très grand peintre, l’un des plus grands de son siècle. Ferdinand-Victor-Eugène Delacroix, né en 1798, mort en 1863. Peintre romantique français. Il n’eut qu’une passion : la peinture. Sa vie privée n’offre que peu d’intérêt. Il consacra tout son génie à peindre et non point à vivre. Il ne comprit même pas ce qu’il faisait. Il fabriqua des bombes dont il s’étonna d’ouïr les explosions. M. Ingres le traitait de « Robespierre de la peinture ». Il ne savait pas qu’il était de la race de ceux qui sont mis au monde pour voler la flamme et mettre le feu aux vieilles maisons des hommes. Mais les lueurs de l’incendie éclairent les grands chemins de l’avenir où marchent — même chaussés de guêtres, coiffés de gibus et maniaques de l’Institut — les solitaires aventuriers de la seule aventure : l’Art. »  


   Jean Cau






Chevaux sortant de la mer par Delacroix, 1860


19 octobre 2014

après-midi d'octobre

Le Château de Courson, une après-midi d'octobre 


« Je voudrais dire encore un mot à l'adresse des oreilles exquises : ce que, quant à moi, je demande véritablement à la musique. Qu'elle soit de belle humeur, désinvolte, tendre et profonde comme un après-midi d'octobre. »   



Friedrich Nietzsche

Water Music, Georg Friedrich Haëndel 



17 octobre 2014

Nocturne

Bord de mer par Georges Braque 



La plage de Varengeville par Georges Braque 


Ô mer, toi que je sens frémir
À travers la nuit creuse,
Comme le sein d’une amoureuse
Qui ne peut pas dormir ;

Le vent lourd frappe la falaise... 
Quoi ! si le chant moqueur
D'une sirène est dans mon coeur-
Ô coeur, divin malaise.

Quoi, plus de larmes, ni d’avoir
Personne qui vous plaigne...
Tout bas, comme d’un flanc qui saigne,
Il s’est mis à pleuvoir.  


Paul-Jean Toulet



15 octobre 2014

Cirque

Le cirque, Marc Chagall 



Cirque n. Endroit où les chevaux, les poneys et les éléphants sont autorisés à voir des hommes, des femmes et des enfants se conduire comme des idiots. 



Ambrose Bierce




Les trapézistes, Fernand Léger 



13 octobre 2014

L'éphémère

Sculptures de sable de Patricio Lagos 

« L'éphémère n'est pas forcément méprisable.  »   


Michel Tournier

11 octobre 2014

Les villes...




Tableau hyperréaliste de Richard Estes 


« Les villes ne sont jamais que des ensembles plus ou moins réussis de tiroirs échafaudés les uns sur les autres »   



Jacques Sternberg

9 octobre 2014

Machines de Turing

The Real You par Aaron Jasinski 


Deux robots A.L.IC.E. et Eliza dialoguent, par Thomas Bethmont 

 




« A computer would deserve to be called intelligent if it could deceive a human into believing that it was human.  »   




7 octobre 2014

Vin, poésie, volupté



Bacchus-Appolon par Nicolas Poussin , vers 1628-29


  Vin, poésie, volupté. Il est des délices qui n'ont rien d'indispensable et cependant indispensables au déploiement de nos ailes

 Bruno Favrit




5 octobre 2014

dingue !




« Si on prend le mot journal, et qu’on remplace le J par un C, le O par un H, le U par un A, le R par un T et qu’on supprime le reste, on obtient le mot CHAT . C’est dingue, non ?  »   



Philippe Geluck

3 octobre 2014

C’est l’extase langoureuse

L'étreinte, Egon Schiele 


C’est l’extase langoureuse,
C’est la fatigue amoureuse,
C’est tous les frissons des bois
Parmi l’étreinte des brises,
C’est, vers les ramures grises,
Le choeur des petites voix.

Ô le frêle et frais murmure !
Cela gazouille et susurre,
Cela ressemble au cri doux
Que l’herbe agitée expire… 
Tu dirais, sous l’eau qui vire,
Le roulis sourd des cailloux.

Cette âme qui se lamente
En cette plainte dormante,
C’est la nôtre, n’est-ce pas ?
La mienne, dis, et la tienne,
Dont s’exhale l’humble antienne
Par ce tiède soir, tout bas ?  



Paul Verlaine


1 octobre 2014

Les quatre cavalières de l'Apocalypse

L'interprétation de Gaby Merman sur sa page officielle  


J’y suis. Elles sont achevées, toutes les quatre. Et le moment est venu pour moi d’expliquer ce que j’ai fait, et peut-être par là même de répondre aux questions que vous avez pu vous poser en les regardant. Je commencerai avec l’explication de leur genre. Étant français, j’ai remarqué que dans cette langue, Famine, Mort, Pestilence et Guerre sont des noms féminins. J’ai alors réalisé qu’il pouvait être intéressant de faire une interprétation avec des entités féminines. Après tout, notre époque voit l’identité féminine devenir plus forte que jamais, et enfin prendre l’égalité qu’elle mérite. Les personnages féminins ne sont pas toujours obligées d’être des mères, des saintes, des prostituées ou des sorcières. Elles peuvent être aussi de loyaux soldats, envoyés des cieux. À vrai dire, ces quatre-là sont plus qu’humains. Ils sont des forces métaphoriques. Cette considération menant au « pourquoi ». L’Apocalypse selon Saint Jean est trop souvent montrée comme une effroyable, désordonnée et inévitable fin du monde. 

Ma lecture - et ce n’est rien de plus que cela, ma lecture - perçoit les Quatre Cavaliers comme un nettoyage intérieur. Je veux dire, comme de nombreuses cultures (particulièrement africaines et sud américaines) proposent la possibilité d’être purgé de toutes les mauvaises vibrations, cela nécessitant un redémarrage complet du corps et de l’âme, les Cavaliers peuvent incarner les quatre phases de cette réinitialisation. 




Puis je vis l'Agneau ouvrir le premier sceau, et j'entendis l'un des quatre Animaux proférer comme un coup de tonnerre : «Viens ». Je vis paraître alors un cheval blanc; son cavalier tenait un arc, on lui remit une couronne et il sortit en vainqueur pour vaincre encore. 

 La Pestilence est la première étape, le poison, la maladie qui vous fait littéralement chasser toutes les mauvaises matières hors du corps. Elle est l’infirmière qui désire réellement vous aider, en dépit de son apparence. Elle est terre-à-terre et ne sait que faire disparaître ce qui vous tue lentement. N’ayez pas peur, les marques sur votre corps ne sont que le mal qui s’échappe, tout comme la douleur de vos entrailles et de votre estomac qui se vide. La signification de cette Cavalière de Deniers est : « Donne un peu de temps à ton corps pour qu’il guérisse, tout comme aux éléments concrets de ta vie. »





 Lorsqu'il ouvrit le deuxième sceau, j'entendis le deuxième Animal dire : «Viens» ; il sortit un autre cheval, roux ; il fut donné à son cavalier d'ôter la paix de la terre, de façon qu'on s'entre-tuât ; et on lui remit une grande épée. 

La suivante est la Guerre, la guerre que vous devez faire à vos démons intérieurs, toute la haine, les émotions tordues qui brouillent l’esprit. Elles doivent être enchaînées sinon intégralement détruites. C’est une guerrière, commandante en chef de votre armée intime, assaillant la légion de démons qui ne cessent de murmurer de terribles pensées. Elle empilera froidement leurs têtes, et leur sang glacé recouvrira sa lame. Le cheval est rouge-feu, prêt à porter sa cavalière jusqu’à ce que le dernier démon ne meure. La signification de cette Cavalière d’Épées est : « Méfie-toi du vice qui t’entoure, et du vice dans ton coeur. Ne sois pas trop froid, n’analyse pas trop. Apprends la clémence. »





Lorsqu'il ouvrit le troisième sceau, j'entendis le troisième Animal dire : «Viens» ; je vis paraître un cheval noir , dont le cavalier portait une balance à la main, et j'entendis au milieu des quatre Animaux une sorte de voix proclamer : « Un denier la mesure de blé ! Un denier les trois mesures d'orge ! Quant à l'huile et au vin, épargnez les !».

Puis la Famine. Elle est l’affinement de la purge. La serveuse aux mains vides. Elle assèche le corps à l’intérieur et le fait transpirer à l’extérieur, mais vous ne pouvez ni boire ni manger. Cela tire l’esprit vers un autre niveau de conscience. Les coupes sont toujours hors de portée, vous ne pouvez pas vérifier à quel point elles sont vides. Chaque partie de vous mendie la moindre goutte d’eau, la plus petite miette de pain. Ses bras et ses doigts anormalement longs sont là pour vous rappeler à quel point le fil d’une araignée est parfois plus fort qu’un boeuf aux muscles gonflés. La signification de cette Cavalière de Coupes est : «La soif de tout est bonne. Mais ne t’y perds pas. Souviens-toi que la nourriture n’est pas seulement dans une assiette, et que ton ventre n’est pas la seule partie de toi qui doit être nourrie. »





 Lorsqu'il ouvrit le quatrième sceau, j'entendis la voix du quatrième Animal dire : «Viens» ; et je vis paraître un cheval verdâtre, dont le cavalier s'appelle la Mort ; le séjour des morts l'accompagnait. Il leur fut donné pouvoir sur le quart de la terre, pour occire par le glaive, la famine et la peste, et par les fauves.  


 Et enfin, la Mort. Elle est le réel redémarrage. La vraie renaissance, quand votre âme est un livre blanc attendant d’être écrit une nouvelle fois. Elle éloigne tous les déchets de votre ancien Vous. Elle est en deuil pour ce que vous étiez, mais encourage secrètement la personne que vous êtes sur le point de devenir. Elle ferme le rituel, vous invitant à tout abandonner au monde invisible. L’Enfer la suit, car c’est là-bas qu’elle retournera, avec tout votre mal auquel il appartient. Elle ravive votre flamme éternelle pour de bon. Elle dit, « Maintenant, va. » La signification de cette Cavalière de Bâtons est : « Tente de contrôler les extrêmes de ta vie, car cela peut être aussi fantastique que fatal. » Du point de vue du Tarot, ce sont les cartes pour lesquelles je me suis senti le plus libre dans la réinterprétation. J’ai pour habitude de diriger ma vision vers les significations habituelles, mais pour elles j’ai été un peu plus loin. Bien que ce ne soit certainement pas traditionnel, j’espère néanmoins que certains trouveront cela intéressant. Je suis conscient que ceci est une façon profondément personnelle et subjective de voir ce texte de l'Apocalypse, mais la relecture est comme maintenir en vie quoi qu’il en soit, et je le fais avec amour. La qualité du sacré est que ce qui est sacré peut l’être d’autant de façons qu’il y a d’âmes pour le recevoir. Et voici la mienne.  





29 septembre 2014

le beau et l'agréable

Les bergers d'Arcadie (et in Arcadia ego) par Nicolas Poussin, 1638-1640 


« En ce qui concerne l'agréable, chacun consent à ce que son jugement, qu'il fonde sur un sentiment personnel et privé, et en vertu duquel il dit d'un objet qu'il lui plaît, soit du même coup restreint à sa seule personne. C'est pourquoi, s'il dit : Le vin des Canaries est agréable, il admettra volontiers qu'un autre le reprenne et lui rappelle qu'il doit plutôt dire : cela est agréable pour moi ; et ce, non seulement pour ce qui est du goût de la langue, du palais et du gosier, mais aussi pour ce qui peut être agréable aux yeux ou à l'oreille de chacun. (…) En ce qui concerne l'agréable, c'est donc le principe suivant qui est valable : à chacun son goût (pour ce qui est du goût des sens).
Il en va tout autrement du beau. Il serait (bien au contraire) ridicule que quelqu'un qui se pique d'avoir du goût songeât à s'en justifier en disant : cet objet (l'édifice que nous avons devant les yeux, le vêtement que porte tel ou tel, le concert que nous entendons, le poème qui se trouve soumis à notre appréciation) est beau pour moi. Car il n'y a pas lieu de l'appeler beau, si ce dernier ne fait que de lui plaire à lui. Il y a beaucoup de choses qui peuvent avoir de l'attrait et de l'agrément, mais, de cela, personne ne se soucie ; en revanche, s'il affirme que quelque chose est beau, c'est qu'il attend des autres qu'ils éprouvent la même satisfaction ; il ne juge pas pour lui seulement mais pour tout le monde, et il parle alors de la beauté comme si c'était une propriété des choses.  »   



Emmanuel Kant

 

27 septembre 2014

L'art, c'est le rare

création photographique de Krayem Al Janobi 


« L'art, c'est le rare. Or, si, à côté d'un éléphant magnifique, on m'en montre une douzaine presque aussi beaux, le premier ne m'étonne plus.  »   



Jules Renard

25 septembre 2014

décadence

Hôtel de Matignon 57, rue de Varenne. 75007 Paris. 


« Il me semble que la décadence d’une civilisation commence lorsque les édifices sont détournés de leur destination originelle. J’ai fait cette réflexion au spectacle des châteaux de Dordogne aménagés en colonies de vacances, des hôtels du faubourg Saint-Germain transformés en administrations et de ceux du Marais en maisons de commerce. Après cela, combien de siècles faut-il pour que la civilisation renaisse, c’est-à-dire arrive à l’accord de ses maisons avec ses besoins, autrement dit encore, à l’épanouissement de l’architecture ? » 

 Jean Dutourd

23 septembre 2014

L'âne vêtu de la peau du lion



Who was I kidding ? par Nicolas Hicks, 2011 


Un Âne ayant trouvé par hasard la peau d’un Lion, s’en couvrit le dos sur-le-champ, et se para de cette dépouille. Les autres bêtes qui le virent en cet équipage, et qui le prirent d’abord pour un véritable Lion, en furent alarmées, et se mirent à fuir de toute leur force. Le Maître à qui appartenait l’Âne, le cherchait de tous côtés, et fut tout étonné quand il le vit déguisé de cette sorte. L’Âne accourut vers son Maître, et se mit à braire. Sa voix et ses longues oreilles qu’il n’avait point cachées, le firent connaître malgré son déguisement. Son Maître le prit, et le condamna à son travail ordinaire.  

Ésope




De la peau du lion l’âne s’étant vêtu,
Était craint partout à la ronde;
Et bien qu’animal sans vertu,
Il faisait trembler tout le monde.
Un petit bout d’oreille échappé par malheur
Découvrit la fourbe et l’erreur :
Martin fit alors son office.
Ceux qui ne savaient pas la ruse et la malice
S’étonnaient de voir que
Martin Chassât les lions au moulin.
Force gens font du bruit en France,
Par qui cet apologue est rendu familier.
Un équipage cavalier
Fait les trois quarts de leur vaillance. 

Jean de La Fontaine