29 avril 2016

Baiser

Le baiser, par Francesco Hayez, 1859 

“Un baiser : c'est une demande adressée au deuxième étage pour savoir si le premier est libre.”  



Alphonse Karr

21 avril 2016

Les quatre âges de l'homme

Valentin de Boulogne, Les quatre âges de l'Homme, vers 1626 


Ainsi toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour?  



Alphonse de Lamartine

18 avril 2016

civilisation

Henri Matisse et ses chats 

« L'homme est civilisé dans la mesure où il comprend le chat. »   


George Bernard Shaw

16 avril 2016

L'âge d'or

L'âge d'or par Pierre de Cortone, 1637 


Le premier âge à voir le jour fut l'âge d'or qui , sans juge, spontanément, sans lois, pratiquait la bonne foi et le droit.
On ignorait punitions et crainte, on ne lisait pas d'édits menaçants gravés dans le bronze ; la foule suppliante ne redoutait pas le visage de son juge, mais on vivait tranquille, sans défenseur.
Le pin toujours debout n'avait pas encore dévalé les montagnes vers les ondes liquides pour visiter un monde étranger, et les hommes ne connaissaient que leurs propres rivages.
Des fossés escarpés ne ceignaient pas encore les cités ; il n'existait ni trompette d'airain au tube étiré, ni cor recourbé, ni casque, ni épée ; sans recourir à une milice, les gens vivaient dans la paix d'agréables loisirs.
La terre, sans contrainte elle aussi, épargnée par le hoyau, ignorant les blessures de la charrue, offrait tout d'elle-même. Les gens, se contentant de nourritures produites sans effort, recueillaient les fruits des arbousiers, les fraises des montagnes, les cornouilles, les mûres attachées aux âpres ronces et les glands tombés de l'arbre de Jupiter aux larges branches.
Le printemps était éternel et, de leurs souffles tièdes, les doux zéphyrs caressaient des fleurs nées sans semences. Bientôt même, la terre, sans être labourée, produisait des moissons, et le champ, non travaillé, blondissait sous de lourds épis. Tantôt coulaient des fleuves de lait, tantôt des fleuves de nectar, et de l'yeuse verdoyante tombaient des gouttes de miel blond.
 



Ovide

13 avril 2016

T.S.F.






[T.S.F.] Elle donne aux bêtises des ailes d’archange.

 Abel Bonnard



Ils pèsent…


Luxury , photographies de Martin Parr, 2009 


« Ce monde me paraît extraordinairement lourd avec ses personnages appuyés, insistants, vautrés, soudés à leurs désirs, leurs passions, leurs vices, leurs vertus, leurs explications. Lourds, interminables, rampants, tels me paraissent les êtres, abrutis, pénibles de lenteur insistante. Lourds. Je n’arrive en définitive à classer les hommes et les femmes que d’après leurs  poids . Ils pèsent… »   

Louis-Ferdinand Céline



À nœud coulant




I


Vive Katinka la putain
Celle qui n’aime le matin
À l’aube grise !
Crève le grain
Ni mon cœur fidèle ni les roses

Refrain

Youp ! Profondis !
Yop ! Te Deum !
À la grande vergue le petit homme !
Chacun goéland dans sa mâture !
À nœud coulant !
Brave figure !

II

Quand Katinka sera bossue
Nous irons voir aux citadelles
À force de prêter son cul
La cloche trois fois gros comme elle

III

Celle qu’on branle chaque matin
Pour fair’ lever tous les putains
Grosse bataille petit butin
Depuis l’Irlande aux Dardanelles !


Dernier Refrain

Youp ! Profondis !
Yop ! Te Deum !
À la grande vergue petit homme !
Chacun goéland dans sa mâture !
À nœud coulant !
Pâle figure !


Louis-Ferdinand Céline



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Règlement





  I


Je te trouverai charogne !
Un vilain soir !
Je te ferai dans les mires !
Deux grands trous noirs !
Ton âme de vache dans la trans’pe
Prendra du champ !
Tu verras voir comment que l’on danse !
Au grand cimetière des Bons Enfants !

Refrain

Mais voici tante Hortense 
Et son petit Léo !
Voici Clémentine
Et le vaillant Toto !
Faut-il dire à ces potes
Que la fête est finie ?
Au diable ta sorte ?
Carre ! Dauffe ! M’importe,
O malfrat ! tes crosses
Que le vent t’emporte !
Feuilles mortes et soucis !

II

Depuis des mayes que tu râles
Que t’es cocu !
Que je suis ton voyou responsable
Que t’en peux plus !
Va pas louper l’occase unique
De respirer !
Viens voir avec moi si ça te pique
Aux grandes osselettes de Saint-Mandé, (bis)

III

C’est pas des nouvelles que t’en croques
Que t’es pourri !
Que les bonnes manies te suffoquent
Par ta Mélie !
C’est comme ça qu’est tombé Mimile
Dans le grand panier !
Tu vas voir ce joli coup de fil
Que j’vais t’ourdir dans l’araignée !

IV

Mais la question qui me tracasse
En te regardant !
Est-ce que tu seras plus dégueulasse
Mort que vivant !
Si tu vas repousser la vermine
Plus d’enterrement !
Si tu restes en rade sur la quille
J’aurai des crosses avec Mimile
Au trou cimetière des Bons Enfants ! 



   Louis-Ferdinand Céline




8 avril 2016

Schadenfreude



« Bonheur : Agréable sensation qui naît dans la contemplation de la misère »

« Il y a toujours dans le malheur des autres quelque chose qui ne nous déplaît point. »

« L'humour, c'est de savoir que tout, absolument tout, est drôle; dès l'instant que c'est aux autres que cela arrive. »

Marcel Achard


« Tragedy is when I cut my finger. Comedy is when you fall into an open sewer and die. »
Mel Brooks


« Dans tout malheur qui atteint notre prochain, il y a toujours quelque chose de réjouissant pour nous. »

« Rire, c'est se réjouir d'un préjudice, mais avec bonne conscience.»

« L'homme aime rire, des autres. »

« Peut-on rire du malheur des autres ?
Ça dépend... Si le malheur des autres est rigolo, oui. »

« Nous n'avons pas assez de larmes pour tous les malheurs du monde, il faut bien rire de quelques-uns d'entre eux. Les vôtres par exemple. »

5 avril 2016

entre le royaume des morts et la communauté des vivants

Descension, d'Anish Kapoor 


« Cocteau, dans Orphée, prétend que les miroirs sont les portes par où la mort entre et sort. Les abymes de Kapoor sont pareillement des seuils, qui suggèrent de possibles échanges, entre le royaume des morts et la communauté des vivants »   



Renaud Camus








Orphée, film de Jean Cocteau 1950 

24 janvier 2016

La Pietà de Delacroix

La pietà de Delacroix, 1844. Eglise Saint-Denys du Saint-Sacrement
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Eglise Saint-Denys du Saint-Sacrement, 68 rue de Turenne, Paris 3ème



« ...Allez voir à Saint-Louis [ancien nom de la rue de Turenne] au Marais cette Pietà, où la majestueuse reine des douleurs tient sur ses genoux le corps de son enfant mort, les deux bras étendus horizontalement dans un accès de désespoir, une attaque de nerfs maternelle. L’un des deux personnages qui soutient et modère sa douleur est éploré comme les figures les plus lamentables de l'Hamlet, avec laquelle œuvre celle-ci a du reste plus d’un rapport. — Des deux saintes femmes, la première rampe convulsivement à terre, encore revêtue des bijoux et des insignes du luxe ; l’autre, blonde et dorée, s’affaisse plus mollement sous le poids énorme de son désespoir. Le groupe est échelonné et disposé tout entier sur un fond d’un vert sombre et uniforme, qui ressemble autant à des amas de rochers qu’à une mer bouleversée par l’orage. Ce fond est d’une simplicité fantastique, et E. Delacroix a sans doute, comme Michel-Ange, supprimé l’accessoire pour ne pas nuire à la clarté de son idée. Ce chef-d’œuvre laisse dans l’esprit un sillon profond de mélancolie. » 



 Charles Baudelaire


22 janvier 2016

Insultez-moi bien !

Renaud Camus, double autoportrait 2014 


On m’a traité de conspirationniste, je ne l’étais pas du tout, et je le suis devenu sous l’insulte : je crois que le remplacisme est un tout, et que la création de l’homme remplaçable répond à la poursuite mécanique des intérêts financiers d’une caste elle-même, déjà, post-humaine.

On m’a traité de raciste, je ne l’étais pas du tout, et je le suis devenu sous l’insulte : je crois à l’existence, à la beauté, à la nécessité et à la préciosité des races, et je pense que la proclamation de leur inexistence était un des fondements nécessaires du remplacisme, cette conspiration financière, post-industrielle d‘inspiration, et post-humaine d’effet.

On m’a traité d’islamophobe, je ne l’étais pas du tout, et je le suis devenu sous l’insulte : je pense que l’islam est une idéologie monstrueuse qui crée partout un malheur effroyable et une tyrannie sans nom, dont les fidèles reproduisent exactement les causes partout où ils en fuient les effets.

On m’a traité d’élitiste, je l’étais, et je le suis devenu plus encore sous l’insulte : je pense que la prétendue “démocratisation culturelle” détruit un à un tous les pôles de résistance culturelle et spirituelle au remplacisme, et qu’à travers l’enseignement de l’oubli et la diffusion de masse de l’indifférencié égalitariste elle fournit assidument la matière première de l’industrie de l’hébétude, cette fabrique globale de l’homme remplaçable, post-humain.

À présent, insultez-moi bien.  



Renaud Camus

19 janvier 2016

Jean-Sébastien Bach en anagramme

Portrait de Jean-Sébastien Bach par Elias Gottlob Haussmann, 1746 


J’ai porté au soleil mon nez et ma pipe de tabac, aimé l’art de l’ascète et la joie de l’ange, cherché le tempo exact de l’orchestre, chanté le ruisseau badin et, de choral en passion, les secondes de ce destin trop long.



Anagramme de Sylvain Tesson et Jacques Perry-Salkow
(passer la souris sur le texte)

14 janvier 2016

Art is non visual


small pieces 2010-2015 (selection) by Heribert Friedl 


« Schön ist nicht der augenblickliche Glanz des Spektakels und der unmittelbare Reiz, sondern das stille Nachleuchten, die Phosporeszenz der Zeit »   



Byung-Chul Han

8 janvier 2016

le modèle des modèles


Portraits de Jean Desbordes endormi, par Jean Cocteau 

d'autres portraits de Jean Desbordes endormi, par Jean Cocteau 



«...ils [les visiteurs de l'exposition des dessins] ne voyaient de Jean Desbordes qu'un nombreux profil endormi au lieu de reconnaître un calque des veines et des artères de l'émotion, grand corps suspendu ; au lieu de suivre les fleuves et les montagnes d'une géographie de l'âme. Pour tracer une ligne vivante et ne pas trembler de la savoir en danger de mort sur tous les points de sa route, il me faut dormir d'une sorte de sommeil, laisser descendre sans réserve les sources de ma vie dans ma main, et que cette main finisse par travailler seule, par voler en rêve, par se mouvoir sans se soucier de moi. C'est le motif pour lequel il m'arrive souvent cette chose très ridicule d'admirer avec ma tête un travail fait par ma main. Je voudrais mourir, victime de la poésie comme certains docteurs des rayons X, sûr d'avoir engagé toute ma substance dans mon œuvre et de n'avoir rien mis de côté pour vivre confortablement un jour. Les grincheux se plaindront d'une suite de dessins analogues et trouveront l'ensemble monotone. Qu'ils ferment le livre. Desbordes dort beaucoup. Un dormeur est le modèle des modèles. On risque en le copiant avec patience de copier l'élément où il baigne et de portraiturer, sans préméditation, l'atmosphère du songe. »  


   Jean Cocteau



6 janvier 2016

ressemblance




Portraits de Gertrud Müller par Ferdinand Hodler 


« la ressemblance doit être entière et saisissante »

   Ferdinand Hodler