22 mai 2015

Papillon

Papillons par Odilon Redon 


Un papillon voltigeait dans le vent où planait une odeur d’herbes aquatiques. Il sentit les ailes du papillon effleurer ses lèvres sèches une infime seconde. Mais le velours des ailes qui les avaient un jour caressées en passant brillait encore sur ses lèvres tant d’années plus tard.  


Ryūnosuke Akutagawa



15 mai 2015

Venedig (Venise)

Venise par Henri Cartier-Bresson 


An der Brücke stand jüngst ich in brauner Nacht. Fernher kam Gesang: goldener Tropfen quoll's über die zitternde Fläche weg. Gondeln, Lichter, Musik - trunken schwamm's in die Dämmerung hinaus. Meine Seele, mein Saitenspiel, sang sich, unsichtbar berührt, heimlich ein Gondellied dazu, zitternd vor bunter Seligkeit. - Hörte jemand ihr zu?... 




 Accoudé au pont, j'étais debout dans la nuit brune De loin, un chant venait jusqu'à moi. Des gouttes d'or ruisselaient sur la face tremblante de l'eau. Des gondoles, des lumières, de la musique. Tout cela voguait vers le crépuscule. Mon âme, l'accord d'une harpe, se chantait à elle-même, invisiblement touchée, un chant de gondolier, tremblante d'une béatitude diaprée. — Quelqu'un l'écoute-t-il ?  



Friedrich Nietzsche


14 mai 2015

Qui se soucie ?




Qui se soucie de regarder
La fleur de la carotte sauvage
Au temps des cerisiers ? 



Yamaguchi Sodô

11 mai 2015

état naturel

La création d'Adam (plafond de la chapelle Sixtine), par Michel-Ange 


On ne fait jamais que singer des imitateurs. L'état naturel de l'homme en société est de ne pas être lui-même. 

   Bruno Favrit



3 mai 2015

l'esprit du sage

Peinture d'Hishida Shunsō 


Si la tranquillité de l'eau permet
De refléter ce qui se présente,
Que ne peut celle de l'esprit?
Il est tranquille l'esprit du sage,
Miroir de l'univers et des êtres.  


30 avril 2015

...des esprits venus sur terre

Macao, le chat qui vole, par Benoit Gysemberg, 1990 


« Je crois que les chats sont des esprits venus sur terre. Un chat, j'en suis convaincu, pourrait marcher sur un nuage.  »   



Jules Verne

28 avril 2015

des hauts et des bas

Repriseuse de bas par Vincent Van Gogh, 1881 


Dans la vie il y a des hauts et des bas. Il faut surmonter les hauts et repriser les bas.   



Jacques Sternberg

24 avril 2015

Printemps en Ile-de-France




Dans l'Ile-de-France, tous les ans, le printemps revient avec les mêmes fleurs, à leur date, un ciel doucement lumineux, dans les bleus pâles ou les gris mouvants, une jeune verdure d'un ton argenté. Tout cela est connu ; pourtant, chaque année, le printemps est nouveau.  



Jacques Chardonne

21 avril 2015

bouquets

La coupe de chocolat par Pierre-Auguste Renoir 

“Toutes les femmes aiment les bouquets, peu de femmes aiment les fleurs.” 



Alphonse Karr

17 avril 2015

Le lion amoureux

Illustration de la fable par Gustave Moreau 


Sévigné, de qui les attraits 
Servent aux Grâces de modèle,
Et qui naquîtes toute belle,
A votre indifférence près,
Pourriez-vous être favorable
Aux jeux innocents d'une fable,
Et voir, sans vous épouvanter, 
Un lion qu'Amour sut dompter ? 
Amour est un étrange maître.
Heureux qui peut ne le connaître
Que par récit, lui ni ses coups !
Quand on en parle devant vous,
Si la vérité vous offense,
La fable au moins se peut souffrir 
Celle-ci prend bien l'assurance
De venir à vos pieds s'offrir,
Par zèle et par reconnaissance

Du temps que les bêtes parlaient,
Les lions, entre autres, voulaient 
Etre admis dans notre alliance.
Pourquoi non? Puisque leur engeance 
Valait la nôtre en ce temps-là,
Ayant courage, intelligence,
Et belle hure outre cela.
Voici comment il en alla.

Un lion de haut parentage
En passant par un certain pré,
Rencontra bergère à son gré
Il la demande en mariage.
Le père aurait fort souhaité 
Quelque gendre un peu moins terrible.
La donner lui semblait bien dur;
La refuser n'était pas sûr;
Même un refus eût fait possible, 
Qu'on eût vu quelque beau matin
Un mariage clandestin ;
Car outre qu'en toute matière
La belle était pour les gens fiers,
Fille se coiffe volontiers
D'amoureux à longue crinière.
Le père donc, ouvertement
N'osant renvoyer notre amant, 
Lui dit " Ma fille est délicate;
Vos griffes la pourront blesser 
Quand vous voudrez la caresser. 
Permettez donc qu'à chaque patte
On vous les rogne, et pour les dents,
Qu'on vous les lime en même temps.
Vos baisers en seront moins rudes, 
Et pour vous plus délicieux ;
Car ma fille y répondra mieux,
Etant sans ces inquiétudes."
Le lion consent à cela,
Tant son âme était aveuglée !
Sans dents ni griffes le voilà,
Comme place démantelée.
On lâcha sur lui quelques chiens 
Il fit fort peu de résistance.
Amour, amour, quand tu nous tiens,
On peut bien dire " Adieu prudence!"  



Jean de La Fontaine


14 avril 2015

déluge

Le déluge par Léon Comerre 


déluge : Premier essai remarqué de baptême collectif, qui lessiva tous les péchés (et les pécheurs) de la création



Ambrose Bierce

10 avril 2015

à mi-hauteur

sculpture d'Antony Gormley 


« Ne reste pas sur terrain plat ! Ne monte pas trop haut ! Le monde est le plus beau, Vu à mi-hauteur.  »   



Friedrich Nietzsche

7 avril 2015

inutile...

Création photographique de Krayem Al Janobi 


« Se venger d'un sot par un mot d'esprit, c'est décocher une flèche à un rhinocéros. »   



Louis Dumur

3 avril 2015

Mache dich, mein Herze, rein

Pieta de Nouans par Jean Fouquet  



Mache dich, mein Herze, rein,
Ich will Jesum selbst begraben.
Denn er soll nunmehr in mir
Für und für
Seine süße Ruhe haben.
Welt, geh aus, laß Jesum ein !




Air de Joseph d' Arimathie, 
Passion selon St Matthieu
Jean-Sébastien Bach


2 avril 2015

l'art de diriger sa vie




Admirant les gestes harmonieux de son boucher et le rythme musical de son couteau dans les carcasses qu'il dépeçait, le prince Mui loua l'habileté de son art. Le boucher lui répondit :

 — Mon habileté vient du fait que je suis le Tao. Au tout début de ma carrière je ne voyais que le bœuf. Après des années de pratique je ne considère plus l'animal entier et travaille en me laissant guider par mon esprit plutôt que par mes yeux. Je m'accorde à la constitution naturelle de l'animal et le fil de mon couteau suit les interstices et s'engage dans les cavités. Je ne coupe ni muscles ni nerfs et encore moins les os. Un bon boucher change son couteau tous les ans parce qu'il tranche, un boucher ordinaire tous les mois parce qu'il hache. Moi, je me sers du même couteau depuis dix-neuf ans et bien qu'il ait découpé des milliers de bœufs, on dirait que son tranchant vient d'être aiguisé. La finesse de la lame s'introduit dans les espaces des articulations et des fibres et je manie mon couteau avec aisance dans les espaces vides que j'élargis ainsi. Je pose mon attention sur les difficultés particulières rencontrées à chaque fois, agis lentement, et les parties se séparent d'elles-mêmes, comme si j'émiettais une poignée de terre. Alors je retire mon couteau, me relève, souffle et le range.

 — Bien, dit le prince, les paroles de ce boucher m'apprennent l'art de diriger ma vie.  



Tchouang-tseu

31 mars 2015

Les gravures de Callot


Les misères et les malheurs de la guerre :
 ma pendaison, par Jacques Callot 
[cliquer sur l'image pour l'agrandir]


Les gravures de Callot représentent très souvent des grands espaces, des vastes paysages vides aperçus d’une certaine hauteur, en diagonale, d’un angle de vue proche de celui que nous avons devant une fourmilière. Dans ces espaces grouille et s’agite une multitude de minuscules personnages, des personnages dessinés avec une avarice aiguë de lignes incisives et précises et qui se détachent souvent en ombre chinoise déchirée sur le blanc vide et impassible (Il y aurait beaucoup à dire sur les dimensions mêmes de ces gravures.) Mais quelle est l’activité de ces foules? Les personnages s'entretuent, ou une partie des personnages tue l’autre. Ce ne sont que des scènes de massacre, de torture et de viol, incendie et naufrage. Et ce n’est peut-être pas par hasard que la plus célèbre de ces planches soit celle qui nous montre le plus de pendus.