20 mai 2017

trop de luxe



« Les hirondelles sont arrivées ; elles font ce soir, en plein ciel, par larges glissades et d'une aile énergique, un ballet dont j'ignore le motif ; on ne comprend rien à la nature : trop de luxe »   



Jacques Chardonne

12 mai 2017

Dans le champ de colza




Dans le champ de colza
les moineaux font mine
de contempler les fleurs
 


 Matsuo Bashô



 

11 mai 2017

La séance de sac

Henri Michaux livre ici un autoportrait tout en écriture, où son visage apparaît dans les plis 

Cela commença quand j’étais enfant. Il y avait un grand adulte encombrant. Comment me venger de lui ? Je le mis dans un sac. Là je pouvais le battre à mon aise. Il criait, mais je ne l’écoutais pas. Il n’était pas intéressant. Cette habitude de mon enfance, je l’ai sagement gardée. Les possibilités d’intervention qu’on acquiert en devenant adulte, outre qu’elles ne vont pas loin, je m’en méfiais. A qui est au lit, on n’offre pas une chaise. Cette habitude, dis-je, je l’ai justement gardée, et jusqu’aujourd’hui gardée secrète. C’était plus sûr. Son inconvénient – car il y en a un – c’est que grâce à elle, je supporte trop facilement les gens impossibles. Je sais que je les attends au sac. Voilà qui donne une merveilleuse patience. Je laisse exprès durer des situations ridicules et s’attarder mes empêcheurs de vivre. La joie que j’aurais à les mettre à la porte en réalité est retenue au moment de l’action par les délices incomparablement plus grandes de les tenir prochainement dans le sac. Dans le sac où je les roue de coups impunément et avec une fougue à lasser dix hommes robustes se relayant méthodiquement. Sans ce petit art à moi, comment aurais-je passé ma vie décourageante, pauvre souvent, toujours dans les coudes des autres ? Comment aurais-je pu la continuer des dizaines d’années à travers tant de déboires, sous tant de maîtres, proches ou lointains, sous deux guerres, deux longues occupations par un peuple en armes et qui croit aux quilles abattues, sous d’autres innombrables ennemis. Mais l’habitude libératrice me sauva. De justesse il est vrai, et je résistai au désespoir qui semblait devoir ne me laisser rien. Des médiocres, des raseuses, une brute dont j’eusse pu me défaire cent fois, je me les gardais pour la séance de sac.


Henri Michaux


9 mai 2017

une substance qui coule

La main de Dieu, ou La création par Auguste Rodin, 1896? 


« Ce que cette époque a en elle est sans forme, insaisissable ; c'est une substance qui coule. Il fallait que cet homme-ci la saisisse [...] Il a saisi tout ce qui était en vague, en mutation, en formation.»   



Rainer Maria Rilke

5 mai 2017

réalité brute

Liu Xaodong, Dead Water, 1993-1999y 


Watching,  Liu Xaodong  , 2000 


Crazy Mess #3,  Liu Xaodong, 2012 



« ...Yes, I experienced that scene when i was traveling in China in 1993. A worker fell off from a construction site and died, I arrived just minutes after he died. I was totally absorbed by that scene and painted a small oil sketch of it on the spot (Great Death en Plein Air). Later I thought a lot about it and did several painting on the subject, one in 1993-1999 (Watching) They are all related. I think as a living person I am always curious about what is death, how does it work, because nobody can talk about it . Being confronted with the raw reality of death is a unique human experience. »   



Liu Xaodong

4 mai 2017

Sur la fontaine de Vaucluse

La Fontaine de Vaucluse 


Sur la fontaine de Vaucluse  

(près laquelle, jadis, habita Pétrarque) 

 Quiconques voit de la Sorgue profonde
L'étrange lieu, et plus étrange source,
La dit soudain grand merveille du monde,
Tant pour ses eaux que pour sa raide course.
Je tiens le lieu fort admirable, pour ce 
 Qu'on voit tant d'eaux d'un seul pertuis sortir,
Et en longs bras divers se départir ;
Mais encor plus, du gouffre qui bruit là,
Qu'oncques ne peut éteindre et amortir
Le feu d'amours qui Pétrarque brûla.  


Maurice Scève








La Sorgue 

3 mai 2017

L'écriture de la vie

En bateau, par Édouard Manet, 1874 

« Qui donc a dit que le dessin est l'écriture de la forme ? La vérité est que l'art doit être l'écriture de la vie  »  

1 mai 2017

Ensemble !!

Emmanuel Macron, 2017 



 
François Hollande, 2012 


  Nicolas Sarkozy, 2007 


 
 
Jacques Chirac, 2002 

 
« Quand tout concourt à l'isolement, il n'est question que de dialogues, d'échange, de communication et le mot ensemble (...) prolifère sur les murs. »

27 avril 2017

Synesthésie

caricature de Luque

Voyelles

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d'ombre ; E, candeur des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silence traversés des Mondes et des Anges :
- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux ! -



25 avril 2017

Life is short

Arent de Gelder, autoportrait en Zeuxis 


« Life is short, Break the Rules. Forgive quickly, Kiss SLOWLY. Love truly. Laugh uncontrollably and never regret ANYTHING that makes you smile »   



Mark Twain

19 avril 2017

Bolero

Amor et Psyché, par Edvard Munch, 1907 


Qué vanidad imaginar
que puedo darte todo, el amor y la dicha,
itinerarios, música, juguetes.
Es cierto que es así :
todo lo mío te lo doy, es cierto,
pero todo lo mío no te basta
como a mí no me basta que me des
todo lo tuyo.

Por eso no seremos nunca
la pareja perfecta, la tarjeta postal,
si no somos capaces de aceptar
que sólo en la aritmética
el dos nace del uno más el uno.

Por ahí un papelito
que solamente dice :

Siempre fuiste mi espejo,
quiero decir que para verme tenía que mirarte.

Y este fragmento :

La lenta máquina del desamor
los engranajes del reflujo
los cuerpos que abandonan las almohadas
las sábanas los besos

y de pie ante el espejo interrogándose
cada uno a sí mismo ya no mirándose entre ellos
ya no desnudos para el otro
ya no te amo,
mi amor.  


Julio Cortázar

12 avril 2017

aucun sang-froid




 « Naturellement un éléphant on ne peut jamais s'y fier. Un pétard le met en fuite. Il est calme. Mais il n'a aucun sang-froid. Au fond, c'est un fébrile. Quand ça ne va plus, il s'affole. »  

 Henri Michaux





7 avril 2017

Ah ! cette violette




La cueillir quel dommage !
la laisser quel dommage !
Ah ! cette violette


   Naojo




1 avril 2017

La seiche

Sans titre, Henri Michaux 1948/49 


« A 34 ans, à 34 ans seulement je découvre la seiche. Je l’adopte et j’ai cru comprendre après des heures et des heures de station devant elles qu’elles aussi m’adoptaient. »   



Henri Michaux




30 mars 2017

Puisque j'ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine



Les amoureux, par Pierre-Auguste Renoir, 1875 


Le poème de Victor Hugo mis en musique par Camille Saint-Saëns et chanté par José Van Dam





Puisque j'ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine ;
Puisque j'ai dans tes mains posé mon front pâli ;
Puisque j'ai respiré parfois la douce haleine
De ton âme, parfum dans l'ombre enseveli ;

Puisqu'il me fut donné de t'entendre me dire
Les mots où se répand le cœur mystérieux ;
Puisque j'ai vu pleurer, puisque j'ai vu sourire
Ta bouche sur ma bouche et tes yeux sur mes yeux ;

Puisque j'ai vu briller sur ma tête ravie
Un rayon de ton astre, hélas ! voilé toujours ;
Puisque j'ai vu tomber dans l'onde de ma vie
Une feuille de rose arrachée à tes jours ;

Je puis maintenant dire aux rapides années :
- Passez ! passez toujours ! je n'ai plus à vieillir !
Allez-vous-en avec vos fleurs toutes fanées ;
J'ai dans l'âme une fleur que nul ne peut cueillir !

Votre aile en le heurtant ne fera rien répandre
Du vase où je m'abreuve et que j'ai bien rempli.
Mon âme a plus de feu que vous n'avez de cendre !
Mon cœur a plus d'amour que vous n'avez d'oubli !


27 mars 2017

de la boue transformée en or

Portrait d'Hendrickje Stoffels par Rembrandt, 1659 


« Rembrandt sait que la chair est de la boue dont la lumière fait de l'or »   



Paul Valéry