20 août 2014

La Pietà de Delacroix

La pietà de Delacroix, 1844. Eglise Saint-Denys du Saint-Sacrement, 68 rue de Turenne, Paris 3ème
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  « ...Allez voir à Saint-Louis [ancien nom de la rue de Turenne] au Marais cette Pietà, où la majestueuse reine des douleurs tient sur ses genoux le corps de son enfant mort, les deux bras étendus horizontalement dans un accès de désespoir, une attaque de nerfs maternelle. L’un des deux personnages qui soutient et modère sa douleur est éploré comme les figures les plus lamentables de l'Hamlet, avec laquelle œuvre celle-ci a du reste plus d’un rapport. — Des deux saintes femmes, la première rampe convulsivement à terre, encore revêtue des bijoux et des insignes du luxe ; l’autre, blonde et dorée, s’affaisse plus mollement sous le poids énorme de son désespoir. Le groupe est échelonné et disposé tout entier sur un fond d’un vert sombre et uniforme, qui ressemble autant à des amas de rochers qu’à une mer bouleversée par l’orage. Ce fond est d’une simplicité fantastique, et E. Delacroix a sans doute, comme Michel-Ange, supprimé l’accessoire pour ne pas nuire à la clarté de son idée. Ce chef-d’œuvre laisse dans l’esprit un sillon profond de mélancolie. » 



 Charles Baudelaire


18 août 2014

Sur une statue de Michel-Ange

Esclave mourant, par Michel-Ange, 1513-1516 



Esclave, mais non pas de l' homme, et qu' au matin
À peine de ta vie, accable le destin. 


Paul-Jean Toulet



16 août 2014

je m'endors




Homme qui dort par Bronzino 

Dans l'odeur
de ma nudité
je m'endors   


Abe Kan'ichi

14 août 2014

La fleur est un sexe







Chaque fleur est un sexe. Y avez-vous pensé quand vous respirez une rose?  



René Barjavel

12 août 2014

réussite...




« La serviette n'est jamais qu'un torchon qui a réussi.»   



Jacques Sternberg

10 août 2014

l'apprentissage de la femme

Tsuguharu Fujita, autoportrait 



« Je crois que les félins ont été donnés aux hommes pour qu'ils fassent auprès d'eux l'apprentissage de la femme »   



Tsuguharu Fujita



8 août 2014

Mer caraïbe

La plage de Jacmel 


Dès la plus lointaine enfance la mer te met en accord cosmique avec les êtres, les lieux, les plantes, les animaux, les pierres, les pluies et les fables enchantées du monde.

C'est l'utérus initial
le passé amniotique
la source chaude au départ
le réel merveilleux autour du cordon ombilical. 

Dès les bancs de l'école la mer t'apprend à être toujours de mèche avec libellules et papillons poissons et colibris eaux et galets des rivières fêtes et souffrances de la vie.

L'école est située sur une falaise le golfe de Jacmel est son grand voisin bleu dans la classe la mer caraïbe nous offre l'ailleurs qui protège de son aura le prodige indigo du ciel et des vagues l'éclat contagieux de l'écume associée au mystère fascinant de la langue française.

La mer lave chaque mot de la vie que l'aventure de Christophe Colomb a passé au bouchon brûlé ou à la chaux des pièges sémantiques : indien, blanc, noir, mulâtre, jaune  

il y a un grand arc qui vibre avec la double corde créole et francophone ; il y a la mer, médiatrice de la parole française, qui lie en joyeuse mesure de mère îles et terres fermes, saveurs et sortilèges du pays natal ; il y a l'a b c maternel de la mer qui met sous tes sandales de poète son vital élan de sel et de liberté.  



René Depestre


6 août 2014

Le chat de Geluck





« Le chat est comme la sauce bolognaise, il retombe toujours sur ses pâtes. »   


Philippe Geluck

4 août 2014

Je tremble

Dessin du bombardement de Hiroshima au Hiroshima Peace Museum, Japon 



Je tremble au souvenir 
De ma ville en flammes    


Terayama Shûji



3 août 2014

Glenn Gould joue Bach

Glenn Gould joue Bach


  « … Ensuite plus rien n’arrive, que des disques avec le nom dessus. Un prénom vif et sec comme l’attaque d’une sonate — Glenn. Un nom plus sourd, la vibration maintenue du nom comme dans les profondeurs d’un adagio — Gould. Glenn Gould, renard des neiges, marmotte des sons. Il joue Bach, et encore Bach, et surtout Bach. Il pourrait à vrai dire jouer n’importe quoi: le charme serait toujours le même, la grâce d’un prince adolescent, le charme d’un départ sur la pointe des notes. Quand on parle, on campe dans sa parole. Quand on se tait, on campe dans son silence. Quand on joue de la musique, on lève le camp, on replie sa tente et on s’éloigne dans le chant faible, délivré de la corvée de dire et de taire. On s’éloigne comme un jeune homme s’éloigne — sans savoir vers quoi, car sinon ce ne serait pas s’éloigner. Dans la musique on est comme dans l’amour: engagé sur le sentier de la vie faible. On va du point A au point B, d’une lumière à une autre. On est entre les deux, buchant dans le noir. Vivant d’incertitude et souriant d’hésitation, attentif à ce mouvement en nous de la vie frêle, oublieux du reste. » 

 Christian Bobin


1 août 2014

Le génie




 
Portraits d'Hector Berlioz 



« Le génie est le talent (don naturel), qui donne les règles à l’art. Puisque le talent, comme faculté productive innée de l’artiste, appartient lui-même à la nature, on pourrait s’exprimer ainsi : le génie est la disposition innée de l’esprit (ingenium) par laquelle la nature donne les règles à l’art. (...) On voit par là que la génie :

 1° est un talent, qui consiste à produire ce dont on ne saurait donner aucune règle déterminée ; il ne s’agit pas d’une aptitude à ce qui peut être appris d’après une règle quelconque ; il s’ensuit que l’originalité doit être sa première propriété ;

2° que l’absurde aussi pouvant être original, ses produits doivent en même temps être des modèles, c’est-à-dire exemplaires et par conséquent, que sans avoir été eux-mêmes engendrés par l’imitation, ils doivent toutefois servir aux autres de mesure ou de règle du jugement ;

3° qu’il ne peut décrire lui-même ou exposer scientifiquement comment il réalise son produit, et qu’au contraire c’est en tant que nature qu’il donne la règle ; c’est pourquoi le créateur d’un produit qu’il doit à son génie, ne sait pas lui-même comment se trouvent en lui les idées qui s’y rapportent et il n’est en son pouvoir ni de concevoir à volonté ou suivant un plan de telles idées, ni de les communiquer aux autres dans des préceptes, qui les mettraient à même de réaliser des produits semblables. (C’est pourquoi aussi le mot génie est vraisemblablement dérivé de genius, l’esprit particulier donné à un homme à sa naissance pour le protéger et le diriger, et qui est la source de l’inspiration dont procèdent ces idées originales) ; 
4° que la nature par le génie ne prescrit pas de règle à la science, mais à l’art ; et que cela n’est le cas que s’il s’agit des beaux-arts. »   



30 juillet 2014

À ma femme, à mes enfants, à mes amis

Jean-Antoine Roucher attendant son transfert de Ste Pélagie à St Lazare, par Hubert Robert  


 « Ne vous étonnez pas, objets sacrés et doux, Si quelqu’air de tristesse obscurcit mon visage. Quand un savant crayon dessinait cette image J’attendais l’échafaud et je pensais à vous. » 

   Jean-Antoine Roucher

28 juillet 2014

Saint Georges et le dragon


 


« Toujours, comme je l’ai déjà remarqué ailleurs, le personnage historique se dessine aux yeux de l’humanité dans une certaine attitude. Toujours un des traits de sa vie attire à lui tout le reste, et son image se grave dans l’imagination humaine sous ce trait particulier. Pour Saint Georges, c’est l’écrasement du dragon. L’art ne représente jamais saint Georges que terrassant le dragon »   



Ernest Hello

26 juillet 2014

Taureau



« Le taureau et sa belle tête de tribun populaire »   


Jules Renard



25 juillet 2014

tenir son journal




« L’œuvre qu’on fait est une façon de tenir son journal. »

24 juillet 2014

Le fils perdu ou l’enfant prodigue



Le retour du fils prodique par Rembrandt, 1669 

Un homme avait deux fils. Le plus jeune des deux dit au père : Père, donne-moi la part de patrimoine qui me revient. Il leur distribue le bien. Après pas beaucoup de jours, le plus jeune fils rassemble tout et part vers un pays lointain. Et là, il disperse son patrimoine en vivant hors du salut. Quand il a tout dépensé, survient une forte famine sur ce pays-là. Et lui, commence à manquer. Il va s’attacher à l’un des citoyens de ce pays-là qui l’expédie dans ses champs paître des cochons. Il désirait remplir son ventre des caroubes que mangeaient les cochons et personne ne lui donnait.  Il rentre en lui-même et dit : Tant de salariés de mon père ont des pains en surplus, et moi , ici de famine je suis perdu !  Je me lève et j’irai vers mon père et je lui dirai ; "Père, j’ai péché envers le ciel et à ta face. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme un de tes salariés."  Il se lève et vient vers son père. Il est encore éloigné, à grande distance, son père le voit : il est remué jusqu'aux entrailles. Il court se jeter à son cou, et le baise longuement. Le fils lui dit : Père, j’ai péché envers le ciel et à ta face. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils …  Le père dit à ses serviteurs : Vite, apportez une robe longue, la plus belle, et vêtez-le ! Donnez un anneau à sa main et des chaussures aux pieds.  Apportez le veau gras, sacrifiez-le, mangeons et festoyons : 
Mon fils que voilà était mort et il revit, il était perdu et il est trouvé. Ils commencent à festoyer. Son fils, l’aîné, était aux champs ; et comme, en revenant, il approche de la maison, il entend symphonie et chœurs. Il appelle à lui un des garçons et s’enquiert : Qu’est-ce que ça peut être ? Il lui dit : Ton frère est venu. Ton père a sacrifié le veau gras, parce qu’il l’a recouvré en bonne santé.  
Il se met en colère et ne veut pas entrer. Son père sort et le supplie. Il répond et dit à son père : Voilà tant d’années que je te sers, et jamais je ne suis passé à côté d’un commandement de toi, et à moi, jamais tu n’as donné un chevreau pour qu’avec mes amis je festoie ! Et ton fils que voilà, qui a dévoré ton bien avec des prostituées, quand il revient, tu sacrifies pour lui le veau gras !  Il lui dit : Enfant, toi, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Mais il fallait festoyer et se réjouir parce que ton frère que voilà était mort, et il vit, perdu, et il est retrouvé !  


Évangile selon Saint Luc