17 août 2017

Iguazú

Chutes d'Iguazú - photo d'Héctor A. 

Permite tu alma sea saciada
con la belleza impar de este paisaje
que aunque el mundo recorras en tus viajes
nunca podras hallar, como esto, nada

el bien y el mal dinamico y cambiante
encontraras aqui desde su nombre
lleva en tu humilde corazon de hombre
un mensaje veridico y constante

medita y siente la emocion profunda
contemplando el vibrante paroxismo
que de brumas eternas se circunda

y no intentes describirlo con tu voz
solo inclina la frente ante éste abismo
que es el espejo de la palabra Dios  


Alfonso Ricciuto

12 août 2017

Continuidad de los parques





Il avait commencé à lire le roman quelques jours auparavant. Il l’abandonna à cause d’affaires urgentes et l’ouvrit de nouveau dans le train, en retournant à sa propriété. Il se laissait lentement intéresser par l’intrigue et le caractère des personnages. Ce soir-là, après avoir écrit une lettre à son fondé de pouvoirs et discuté avec l’intendant une question de métayage, il reprit sa lecture dans la tranquillité du studio, d’où la vue s’étendait sur le parc planté de chênes. Installé dans son fauteuil favori, le dos à la porte pour ne pas être gêné par une irritante possibilité d'intrusion, il laissa sa main gauche caresser de temps à autre le velours vert et se mit à lire les derniers chapitres. Sa mémoire retenait sans effort les noms et l’apparence des héros. L’illusion romanesque le prit presque aussitôt. Il jouissait du plaisir presque pervers de s’éloigner petit à petit, ligne après ligne, de ce qui l’entourait, tout en demeurant conscient que sa tête reposait commodément sur le velours du dossier élevé, que les cigarettes restaient à portée de sa main et qu’au-delà des grandes fenêtres le souffle du crépuscule semblait danser sous les chênes.
Phrase après phrase, absorbé par la sordide alternative où se débattaient les protagonistes, il se laissait prendre aux images qui s’organisaient et acquéraient progressivement couleur et vie. Il fut ainsi témoin de la dernière rencontre dans la cabane parmi la broussaille. La femme entra la première, méfiante. Puis vint l’homme, le visage griffé par les épines d’une branche. Admirablement, elle étanchait de ses baisers le sang et les égratignures. Lui, se dérobait aux caresses. Il n’était pas venu pour répéter le cérémonial d’une passion clandestine protégée par un monde de feuilles sèches et de sentiers furtifs. Le poignard devenait tiède au contact de sa poitrine. Dessous, au rythme du cœur, battait la liberté convoitée. Un dialogue haletant se déroulait au long des pages comme un fleuve de reptiles, et l’on sentait que tout était décidé depuis toujours. Jusqu’à ces caresses qui enveloppaient le corps de l’amant comme pour le retenir et le dissuader, dessinaient abominablement les contours de l’autre corps, qu’il était nécessaire d’abattre. Rien n’avait été oublié : alibis, hasards, erreurs possibles. A partir de cette heure, chaque instant avait son usage minutieusement calculé. La double et implacablement répétition était à peine interrompue le temps qu’une main frôle une joue. Il commençait à faire nuit.
Sans se regarder, étroitement liés à la tâche qui les attendait, ils se séparèrent à la porte de la cabane. Elle devait suivre le sentier qui menait vers le nord. Sur le sentier opposé, il se retourna un instant pour la voir courir, les cheveux dénoués. A son tour, il se mit à courir, se courbant sous les arbres et les haies. A la fin, il distingua dans la brume mauve du crépuscule l’allée qui conduisait à la maison. Les chiens ne devaient pas aboyer, et ils n’aboyèrent pas. A cette heure, l’intendant ne devait pas être là et il n’était pas là. Il monta les trois marches du perron et il entra. A travers le sang qui bourdonnait dans ses oreilles, lui parvenaient encore les paroles de la femme. D’abord une salle bleue, puis un corridor, puis un escalier avec un tapis. En haut, deux portes. Personne dans la première pièce, personne dans la seconde. La porte du salon, et alors, le poignard en main, les lumières des grandes baies, le dossier élevé du fauteuil de velours vert et, dépassant le fauteuil, la tête de l’homme en train de lire un roman.

 


Julio Cortázar

9 août 2017

soleil rouge




  赤き日の
海に落込む
暑さかな


le soleil rouge
tombe dans la mer
quelle chaleur !

akakihino
umini ochikomu
atsusa kana
 

 Natsumé Sôseki

12 juillet 2017

martiens






¿Y si las hormigas fuesen ya los marcianos establecidos en la Tierra?  



Ramón Gómez de la Serna

4 juillet 2017

exorcisme

Central Park, par Pierre Alechinsky, 1965 


« Argument. Certains disent, puisque le monde extérieur existe, qu’il faut le nier ; d’autres, puisqu’il n’existe pas, qu’il faut l’inventer ; d’autres encore, que seul existe le modèle intérieur. Pierre Alechinsky hoche la tête et, sans rien dire, peint un rectangle dans lequel il enferme le Central Park de New York, vue de sa fenêtre, à la tombée du jour, les yeux fermés. Le rectangle cerne le parc ; il est divisé en espaces irréguliers, tous de forme rectangulaire eux aussi, comme les loges d’un théâtre, les cellules d’un couvent, les cages d’un zoo. A l’intérieur, dans chaque loge, grouillent des êtres bizarres qui, toutefois, semblent vaguement familiers : qui sont-ils, eux ou nous autres, nous voient-ils ou les voyons-nous ? Au-dedans du rectangle, Central Park s’est converti en un Cobra vert, noir et doré. Est-ce une anamorphose d’Alice, dame de diamants dans notre jeux de cartes somnambule ? La peinture n’est pas vision mais exorcisme. » 



Octavio Paz

27 juin 2017

Il faut le faire !

Ulysse et les sirènes par Bernard Buffet 



 


Bernard Buffet

22 juin 2017

natures mortes

Portrait of Dora Maar, Pablo Picasso, 1937 

« Le monde de Picasso est un monde minéral. Picasso n'a pas le sens du vivant. Même ses portraits sont des natures mortes »   



Pierre Gripari

18 juin 2017

Les travaux d'Hercule (VIII) les juments du roi de Thrace Diomède

Diomède dévoré par ses juments par Gustave Moreau, 1870 


« II, 5, 8. Le huitième travail consista à porter à Mycènes les juments du roi de Thrace Diomède. Ce dernier était le fils d'Arès et de Cyrène, et régnait sur les Bistones, un peuple de Thrace très belliqueux, et il possédait des juments anthropophages. Héraclès mit à la voile avec une équipe de volontaires, attaqua les gardiens des écuries, et mena les juments sur la plage. Mais les Bistones prirent les armes et les poursuivirent. Alors Héraclès confia les juments à Abdéros. Celui-ci était le fils d'Hermès ; originaire d'Oponte en Locride, il était aimé d'Héraclès. Mais les juments le mirent en pièces et le dévorèrent. Entre-temps, Héraclès avait défait les Bistones, tué Diomède et contraint à la fuite les survivants. Après avoir fondé la cité d'Abdéra près de la tombe d'Abdéros, le héros amena les juments à Eurysthée. Mais celui-ci ensuite les libéra, et les juments gagnèrent le mont Olympe, où elles furent dévorées par les bêtes sauvages.»   



Apollodore

12 juin 2017

debout sur la route

Sylvain Tesson, 3000km à travers l'Asie Centrale 


« Le voyageur glissant sur l’océan ou gravissant la montagne préfère consacrer son énergie vitale à s’émerveiller du spectacle du monde plutôt qu’à ratiociner sur son tas de misérables secrets intérieurs. Il privilégie l’exploration à l’introspection. Il goûte davantage de se tenir debout sur la route que couché sur le divan. »   

Sylvain Tesson

respiration marée caresse


"mon coeur s'ouvre à ta voix", par Jessye Norman
aria de Samson et Dalila, Camille Saint-Saëns



« La musique, ce qu'elle est: respiration. Marée. Longue caresse d'une main de sable. »


8 juin 2017

possédé...

Joe Gould, par Alice Neel, 1933 



« C'est son bas-ventre qui empêche l'homme de se considérer comme un dieu.  »   



Friedrich Nietzsche

30 mai 2017

Les travaux d'Hercule (XII) Le Cerbère de l'Hadès

Hercule domptant Cerbère, par Pierre Paul Rubens 


« ...II, 5, 12. Comme douzième travail, il lui fut imposé de ramener Cerbère de l'Hadès. Cerbère avait trois têtes de chien, une queue de dragon et toute la longueur de son dos était hérissée de têtes de serpents de toutes espèces. Pour se préparer à cette entreprise, Héraclès se rendit à Éleusis, auprès de Mélampous, afin d'être initié aux mystères. Or, en ce temps-là, l'initiation n'était pas accordée aux étrangers ; aussi, pour cette raison, Héraclès dut-il se faire adopter par Pylios. Et, de surcroît, il ne pouvait pas assister aux mystères parce qu'il n'avait pas été purifié après le meurtre des Centaures. Eumolpos le purifia, et finalement Héraclès fut initié. Ayant atteint le cap Ténare, en Laconie, là où s'ouvre le passage pour descendre dans l'Hadès, Héraclès s'y engagea et descendit. Quand les âmes le virent, elles s'enfuirent toutes, excepté Méléagre et la Gorgone Méduse. Alors Héraclès sortit son épée, comme si la Gorgone avait été vivante, mais Hermès l'avertit qu'il ne s'agissait là que d'un vain fantasme. Arrivé près de la porte de l'Hadès, il trouva Thésée et Pirithoos, celui qui avait aspiré à la main de Perséphone ; c'est pourquoi ils étaient à présent prisonniers. Dès qu'ils virent Héraclès, ils tendirent aussitôt les mains vers lui, dans l'espoir que sa force pourrait les délivrer. Le héros réussit à prendre Thésée par la main et à le mettre debout ; mais, alors qu'il tentait de relever Pirithoos, la terre trembla, et il dut lâcher prise. Puis il fit rouler la pierre qui écrasait Ascalaphos. Et pour offrir un sacrifice de sang aux âmes, il égorgea une bête du troupeau d'Hadès. Mais leur gardien, Ménétès, fils de Ceuthonymos, le défia à la lutte. Héraclès aussitôt le maintint fermement par la taille et lui brisa les côtes. Perséphone alors intercéda en sa faveur et Héraclès le laissa aller. Il parla ensuite à Hadès de Cerbère et le dieu lui permit de l'emmener, à la condition qu'il le vainque sans armes. Héraclès le trouva près des portes de l'Achéron : protégé par sa cuirasse et recouvert de sa peau de lion, il lui mit les mains autour du cou et ne bougea plus jusqu'à ce que la bête, suffoquant, tombe à terre. Héraclès alors la prit, et remonta non loin de Trézène. Déméter, ensuite, transforma Ascalaphos en hulotte. Héraclès montra Cerbère à Eurysthée puis le ramena dans l'Hadès.»   



Apollodore

25 mai 2017

Equations



« Et qu'on ne dise pas que nous réduisons ainsi les théories physiques au rôle de simples recettes pratiques; ces équations expriment des rapports et, si les équations restent vraies, c'est que ces rapports conservent leur réalité. »   



Henri Poincaré

20 mai 2017

trop de luxe



« Les hirondelles sont arrivées ; elles font ce soir, en plein ciel, par larges glissades et d'une aile énergique, un ballet dont j'ignore le motif ; on ne comprend rien à la nature : trop de luxe »   



Jacques Chardonne

12 mai 2017

Dans le champ de colza




Dans le champ de colza
les moineaux font mine
de contempler les fleurs
 


 Matsuo Bashô



 

11 mai 2017

La séance de sac

Henri Michaux livre ici un autoportrait tout en écriture, où son visage apparaît dans les plis 

Cela commença quand j’étais enfant. Il y avait un grand adulte encombrant. Comment me venger de lui ? Je le mis dans un sac. Là je pouvais le battre à mon aise. Il criait, mais je ne l’écoutais pas. Il n’était pas intéressant. Cette habitude de mon enfance, je l’ai sagement gardée. Les possibilités d’intervention qu’on acquiert en devenant adulte, outre qu’elles ne vont pas loin, je m’en méfiais. A qui est au lit, on n’offre pas une chaise. Cette habitude, dis-je, je l’ai justement gardée, et jusqu’aujourd’hui gardée secrète. C’était plus sûr. Son inconvénient – car il y en a un – c’est que grâce à elle, je supporte trop facilement les gens impossibles. Je sais que je les attends au sac. Voilà qui donne une merveilleuse patience. Je laisse exprès durer des situations ridicules et s’attarder mes empêcheurs de vivre. La joie que j’aurais à les mettre à la porte en réalité est retenue au moment de l’action par les délices incomparablement plus grandes de les tenir prochainement dans le sac. Dans le sac où je les roue de coups impunément et avec une fougue à lasser dix hommes robustes se relayant méthodiquement. Sans ce petit art à moi, comment aurais-je passé ma vie décourageante, pauvre souvent, toujours dans les coudes des autres ? Comment aurais-je pu la continuer des dizaines d’années à travers tant de déboires, sous tant de maîtres, proches ou lointains, sous deux guerres, deux longues occupations par un peuple en armes et qui croit aux quilles abattues, sous d’autres innombrables ennemis. Mais l’habitude libératrice me sauva. De justesse il est vrai, et je résistai au désespoir qui semblait devoir ne me laisser rien. Des médiocres, des raseuses, une brute dont j’eusse pu me défaire cent fois, je me les gardais pour la séance de sac.


Henri Michaux