1 août 2014

Le génie




 
Portraits d'Hector Berlioz 



« Le génie est le talent (don naturel), qui donne les règles à l’art. Puisque le talent, comme faculté productive innée de l’artiste, appartient lui-même à la nature, on pourrait s’exprimer ainsi : le génie est la disposition innée de l’esprit (ingenium) par laquelle la nature donne les règles à l’art. (...) On voit par là que la génie :

 1° est un talent, qui consiste à produire ce dont on ne saurait donner aucune règle déterminée ; il ne s’agit pas d’une aptitude à ce qui peut être appris d’après une règle quelconque ; il s’ensuit que l’originalité doit être sa première propriété ;

2° que l’absurde aussi pouvant être original, ses produits doivent en même temps être des modèles, c’est-à-dire exemplaires et par conséquent, que sans avoir été eux-mêmes engendrés par l’imitation, ils doivent toutefois servir aux autres de mesure ou de règle du jugement ;
3° qu’il ne peut décrire lui-même ou exposer scientifiquement comment il réalise son produit, et qu’au contraire c’est en tant que nature qu’il donne la règle ; c’est pourquoi le créateur d’un produit qu’il doit à son génie, ne sait pas lui-même comment se trouvent en lui les idées qui s’y rapportent et il n’est en son pouvoir ni de concevoir à volonté ou suivant un plan de telles idées, ni de les communiquer aux autres dans des préceptes, qui les mettraient à même de réaliser des produits semblables. (C’est pourquoi aussi le mot génie est vraisemblablement dérivé de genius, l’esprit particulier donné à un homme à sa naissance pour le protéger et le diriger, et qui est la source de l’inspiration dont procèdent ces idées originales) ; 
4° que la nature par le génie ne prescrit pas de règle à la science, mais à l’art ; et que cela n’est le cas que s’il s’agit des beaux-arts. »   



30 juillet 2014

À ma femme, à mes enfants, à mes amis

Jean-Antoine Roucher attendant son transfert de Ste Pélagie à St Lazare, par Hubert Robert  


 « Ne vous étonnez pas, objets sacrés et doux, Si quelqu’air de tristesse obscurcit mon visage. Quand un savant crayon dessinait cette image J’attendais l’échafaud et je pensais à vous. » 

   Jean-Antoine Roucher

28 juillet 2014

Saint Georges et le dragon


 


« Toujours, comme je l’ai déjà remarqué ailleurs, le personnage historique se dessine aux yeux de l’humanité dans une certaine attitude. Toujours un des traits de sa vie attire à lui tout le reste, et son image se grave dans l’imagination humaine sous ce trait particulier. Pour Saint Georges, c’est l’écrasement du dragon. L’art ne représente jamais saint Georges que terrassant le dragon »   



Ernest Hello

26 juillet 2014

Taureau



« Le taureau et sa belle tête de tribun populaire »   


Jules Renard



25 juillet 2014

tenir son journal




« L’œuvre qu’on fait est une façon de tenir son journal. »

24 juillet 2014

Le fils perdu ou l’enfant prodigue



Le retour du fils prodique par Rembrandt, 1669 

Un homme avait deux fils. Le plus jeune des deux dit au père : Père, donne-moi la part de patrimoine qui me revient. Il leur distribue le bien. Après pas beaucoup de jours, le plus jeune fils rassemble tout et part vers un pays lointain. Et là, il disperse son patrimoine en vivant hors du salut. Quand il a tout dépensé, survient une forte famine sur ce pays-là. Et lui, commence à manquer. Il va s’attacher à l’un des citoyens de ce pays-là qui l’expédie dans ses champs paître des cochons. Il désirait remplir son ventre des caroubes que mangeaient les cochons et personne ne lui donnait.  Il rentre en lui-même et dit : Tant de salariés de mon père ont des pains en surplus, et moi , ici de famine je suis perdu !  Je me lève et j’irai vers mon père et je lui dirai ; "Père, j’ai péché envers le ciel et à ta face. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme un de tes salariés."  Il se lève et vient vers son père. Il est encore éloigné, à grande distance, son père le voit : il est remué jusqu'aux entrailles. Il court se jeter à son cou, et le baise longuement. Le fils lui dit : Père, j’ai péché envers le ciel et à ta face. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils …  Le père dit à ses serviteurs : Vite, apportez une robe longue, la plus belle, et vêtez-le ! Donnez un anneau à sa main et des chaussures aux pieds.  Apportez le veau gras, sacrifiez-le, mangeons et festoyons : 
Mon fils que voilà était mort et il revit, il était perdu et il est trouvé. Ils commencent à festoyer. Son fils, l’aîné, était aux champs ; et comme, en revenant, il approche de la maison, il entend symphonie et chœurs. Il appelle à lui un des garçons et s’enquiert : Qu’est-ce que ça peut être ? Il lui dit : Ton frère est venu. Ton père a sacrifié le veau gras, parce qu’il l’a recouvré en bonne santé.  
Il se met en colère et ne veut pas entrer. Son père sort et le supplie. Il répond et dit à son père : Voilà tant d’années que je te sers, et jamais je ne suis passé à côté d’un commandement de toi, et à moi, jamais tu n’as donné un chevreau pour qu’avec mes amis je festoie ! Et ton fils que voilà, qui a dévoré ton bien avec des prostituées, quand il revient, tu sacrifies pour lui le veau gras !  Il lui dit : Enfant, toi, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Mais il fallait festoyer et se réjouir parce que ton frère que voilà était mort, et il vit, perdu, et il est retrouvé !  


Évangile selon Saint Luc



22 juillet 2014

Mors ultima linea rerum (La mort est le dernier terme des choses)

Mors ultima linea rerum, par Hans Sebald Beham,1529 

Épitre XVI. — À QUINTIUS. 


 Pour que tu n’aies pas à me demander, excellent Quintius, si ma terre nourrit son maître de ses moissons, si elle l’enrichit de ses olives, de ses fruits, de ses prairies, de ses ormeaux enlacés de vignes, — je vais t’en décrire longuement l’aspect et la situation. Imagine-toi des montagnes qui se toucheraient, si elles n’étaient séparées par une sombre vallée, mais de façon que le soleil levant en éclaire le côté droit et en échauffe le côté gauche quand il s’éloigne sur son char qui fuit. Tu en louerais la température. Que dirais-tu de voir les buissons bienveillants porter de rouges cornouilles et des prunes ? Le chêne et l’yeuse prodiguent leurs glands au troupeau et leur ombre à leur maître. Tu croirais qu’on a transporté ici les feuillages de Tarentus. Une source qui mérite de donner son nom au ruisseau qu’elle forme, plus fraîche et plus pure que l’Hébrus qui baigne la Thraca, y coule, bonne pour la tête et bonne pour l’estomac malades. Telles sont les douces et, si tu m’en crois, les charmantes retraites qui, aux jours de septembre, te gardent ton ami en bonne santé. Toi, tu vis bien, si tu tiens à être tel qu’on te dit. Nous disons tous, et Roma tout entière, que tu es heureux : mais je crains que, sur toi, tu n’en croies les autres plus que toi-même et que tu ne penses qu’on soit heureux hors de la sagesse et de la vertu. Je crains, quand le peuple vante ta bonne mine et ta santé, que tu ne dissimules ta fièvre à l’heure de manger et que le frisson ne saisisse tes mains encore grasses du repas. La mauvaise honte des insensés cache leurs plaies non guéries. Si quelqu’un vante les guerres que tu as faites sur terre et sur mer, s’il caresse tes oreilles par ces vaines paroles : Le peuple souhaite-t-il plus ton salut que tu ne désires le sien ? Qu’il nous laisse dans ce doute, celui qui veille sur toi et sur la Ville, Jupiter ! tu peux reconnaître les louanges d’Augustus. Quand tu permets qu’on t’appelle sage et irréprochable, réponds-tu, dis-le-moi, à ton propre nom ? Sans doute, je suis charmé d’être dit sage et homme de bien, ainsi que toi ; mais qui donne aujourd’hui peut, demain, ôter, s’il le veut ; de même, le peuple accorde les faisceaux à un indigne et les lui retire aussi. — « Rends, c’est mon bien, » dit-il. Je les rends et m’en vais tristement. Si ce même peuple crie que je suis un voleur et un impudique, et m’accuse d’avoir serré d’un lacet le cou de mon père, serai-je mordu par ces outrages immérités et changerai-je de couleur ? La fausse louange ne réjouit et l’outrage injuste n’épouvante que celui qui est déjà souillé et corrompu. L’homme de bien, quel est-il ? C’est celui qui observe les sénatus-consultes, les lois, et les arrêts, dont le jugement tranche de nombreux et graves procès, dont la caution et le témoignage sont décisifs dans les affaires. Mais ce même homme est tenu par toute sa maison et tout son voisinage pour un coquin hypocrite couvert d’une belle peau. Si un esclave me dit : « Je n’ai ni volé, ni pris la fuite ; » je réponds : « Tu as ta récompense : tu ne seras point déchiré par les lanières. » — « Je n’ai tué personne. » — « Les corbeaux ne te manderont point sur la croix. » — « Je suis honnête et sage. » — 
« Tout le Sabinum le nie. Le loup rusé craint la fosse ; l’épervier craint les filets suspects, et le milan, l’hameçon caché. Les bons détestent de faillir, par amour pour la vertu ; mais toi, tu n’es retenu que par la peur du châtiment. Si tu espérais te cacher, tu confondrais le sacré et le profane. Sur mille mesures de fèves si tu m’en enlèves une, ma perte est peu de chose, mais non ton crime. » Cet homme de bien, que tout le Forum et tout le tribunal contemplent, toutes les fois qu’il sacrifie aux Dieux un porc ou un bœuf, tandis qu’il crie haut, bien haut : Père Janus ! Apollo ! dit, ne faisant que remuer les lèvres, de peur d’être entendu : « Belle Laverna, accorde-moi de tromper, fais que je semble juste et pur, cache mes méfaits dans la nuit, et couvre mes vols d’un nuage ! » Est-il meilleur qu’un esclave et plus libre, cet avare qui se baisse dans les carrefours pour ramasser un as fixé au sol ? Je ne vois pas cela. Car celui qui désire craint aussi ; or celui qui vit dans la crainte, pour moi, ne sera jamais libre. Il a perdu ses armes, il a déserté le poste de la vertu, celui qui travaille et se tue à augmenter sans cesse sa richesse. Lorsque tu peux vendre un captif, ne le tue pas : il servira utilement. Qu’il travaille durement, faisant paître et labourant ; qu’il navigue et soit marchand, subissant les tempêtes et les hivers sur mer ; qu’il s’occupe du marché ; qu’il porte le blé et les autres provisions. Le sage homme de bien osera dire : 
« Pentheus, roi des Thébains, quelle peine, quel indigne traitement me feras-tu subir ? » — « J’enlèverai tes biens. » — Mes troupeaux, mes terres, mes meubles, mon argent ! tu peux les prendre. » — « Je te soumettrai à un cruel gardien, pieds et mains enchaînés. » — « Un Dieu, dès que je le voudrai, me délivrera. » Je pense qu’il veut dire : « Je mourrai. » La mort est le dernier terme des choses. 


Horace


Mors ultima linea rerum, par Egbert van Panderen,1529 



20 juillet 2014

Sur Le Tasse en prison d'Eugène Delacroix




Le Tasse dans la prison des fous, par Eugène Delacroix, 1839


Le poète au cachot, débraillé, maladif,
Roulant un manuscrit sous son pied convulsif,
Mesure d’un regard que la terreur enflamme
L’escalier de vertige où s’abîme son âme.

Les rires enivrants dont s’emplit la prison
Vers l’étrange et l’absurde invitent sa raison ;
Le Doute l’environne, et la Peur ridicule,
Hideuse et multiforme, autour de lui circule.

Ce génie enfermé dans un taudis malsain,
Ces grimaces, ces cris, ces spectres dont l’essaim
Tourbillonne, ameuté derrière son oreille,

Ce rêveur que l’horreur de son logis réveille,
Voilà bien ton emblème, Âme aux songes obscurs,
 Que le Réel étouffe entre ses quatre murs !


18 juillet 2014

Monomotapa

L'enceinte de Grand Zimbabwe, la capitale de l'empire Monomotapa 


 Deux vrais amis vivaient au Monomotapa ... 
Jusqu’au jour où l’un vint voir l’autre, et le tapa.   


Paul-Jean Toulet

16 juillet 2014

À Spinoza

Portrait de Baruch Spinoza , vers 1665 


Amoureusement dévoué à l'« Un en tout »,
Un  « amor dei », bien heureux, par raison
Pieds nus ! Terre trois fois bénie !...
Pourtant sous cet amour couvait
La braise dévorante et secrète de la vengeance:
— Haine d'un Juif rongeant le Dieu des Juifs !
— Solitaire, t'ai-je bien deviné ?



Friedrich Nietzsche


14 juillet 2014

comme ces fruits...



 Ils sont comme ces fruits présentés sur les étals des grandes surfaces : gonflés et luisants à l'extérieur mais fades dans leur chair et saturés de pesticides. 

   Bruno Favrit



12 juillet 2014

la chambre est un temple

Buste de Diego, par Alberto Giacometti, 1954 






 « Je dis à Giacometti :
 MOI : Il faut avoir le cœur bien accroché pour garder une de vos statues chez soi.
 LUI : Pourquoi ?
J'hésite à répondre. Ma phrase va le faire se foutre de moi.
 MOI : Une de vos statues dans une chambre, et la chambre est un temple. Il paraît un peu déconcerté.

LUI : Et vous croyez que c'est bien ?
MOI : Je ne sais pas. Et vous, vous croyez que c'est bien ?... »
 



Jean Genet




10 juillet 2014

Les azalées flamboient






Les azalées flamboient
Tout ce qui vit
Va vers la mort 


Usuda Arô




8 juillet 2014

pas une fameuse spéculation ...




Illustrations d'Adam et Eve, de Johannes Ewalds, par Nicolai Abraham Abildgaard 


...

— Et ces étoffes dépliées! ajouta M. Lebas; on les prendrait avec la main. 

— Les draperies font toujours très bien, répondit le peintre. Nous serions trop heureux, nous autres artistes modernes, d'atteindre à la perfection de la draperie antique. 

— Vous aimez donc la draperie ?... s’écria M. Guillaume. Eh bien, sarpejeu! touchez là, mon jeune ami. Puisque vous estimez le commerce, nous nous entendrons. Eh! pourquoi le mépriserait-on? Le monde a commencé par là , puisque Adam a vendu le paradis pour une pomme. Ça n'a pas été une fameuse spéculation, par exemple !... 

Et le vieux négociant se mit à éclater d'un gros rire franc, excité par le champagne qu'il avait fait circuler généreusement. 

... 


Honoré de Balzac



6 juillet 2014

le goût de l'éléphant

Grand éléphant sur sa trompe par Miquel Barceló 


« Au restaurant, je ne commande jamais un éléphant farci : je sais par avance qu'il y aura tellement de farce que l'on ne sentira plus du tout le goût de l'éléphant. »   


René Pommier




4 juillet 2014

La compagne du vannier




Je t’aimais. J’aimais ton visage de source raviné par l’orage et le chiffre de ton domaine enserrant mon baiser. Certains se confient à une imagination toute ronde. Aller me suffit. J’ai rapporté du désespoir un panier si petit, mon amour, qu’on a pu le tresser en osier.



René Char