1 septembre 2014

Le vipereau




Il glisse contre la mousse du caillou comme le jour cligne à travers le volet. Une goutte d'eau pourrait le coiffer, deux brindilles le revêtir. Âme en peine d'un bout de terre et d'un carré de buis, il en est, en même temps, la dent maudite et déclive. Son vis-à-vis, son adversaire, c'est le petit matin qui, après avoir tâté la courtepointe et avoir souri à la main du dormeur, lâche sa fourche et file au plafond de la chambre. Le soleil, second venu, l'embellit d'une lèvre friande. Le vipereau restera froid jusqu'à la mort nombreuse, car, n'étant d'aucune paroisse, il est meurtrier devant toutes.   



René Char



30 août 2014

L'as-tu bien choisi ?

L'ange déchu, par Odilon Redon 


La fadeur de ton ange t'obligera à chercher un démon, qui n'est que ton sataniseur. L'as-tu bien choisi ? Luciférien, comme il se doit être (c'est son signe), mais pas non plus absolument disproportionné à ta mince vigueur. Veillez-y. Ils s'accrochent, tu sais ?    



Henri Michaux

28 août 2014

Il pleut des cordes




Il pleut des cordes – 
Un chat avance 
Son petit dans la gueule 


Shûson Katô

26 août 2014

le tact en ondes




Céline et le chat Bébert, à Copenhague, 1945 


« Vous direz, un chat c'est une peau ! Pas du tout ! Un chat c'est l'ensorcellement même, le tact en ondes. »   



Louis-Ferdinand Céline

24 août 2014

Forme




C’était un flacon à saké en fer. Ce flacon ciselé de fines nervures lui avait, à son insu, enseigné la beauté de la «forme».  



Ryūnosuke Akutagawa

22 août 2014

Qui aime un chat...



« Qui aime un chat aime tous les chats. Qui aime son chien n'aime pas les autres.  »   



Roland Topor

20 août 2014

La Pietà de Delacroix

La pietà de Delacroix, 1844. Eglise Saint-Denys du Saint-Sacrement, 68 rue de Turenne, Paris 3ème
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  « ...Allez voir à Saint-Louis [ancien nom de la rue de Turenne] au Marais cette Pietà, où la majestueuse reine des douleurs tient sur ses genoux le corps de son enfant mort, les deux bras étendus horizontalement dans un accès de désespoir, une attaque de nerfs maternelle. L’un des deux personnages qui soutient et modère sa douleur est éploré comme les figures les plus lamentables de l'Hamlet, avec laquelle œuvre celle-ci a du reste plus d’un rapport. — Des deux saintes femmes, la première rampe convulsivement à terre, encore revêtue des bijoux et des insignes du luxe ; l’autre, blonde et dorée, s’affaisse plus mollement sous le poids énorme de son désespoir. Le groupe est échelonné et disposé tout entier sur un fond d’un vert sombre et uniforme, qui ressemble autant à des amas de rochers qu’à une mer bouleversée par l’orage. Ce fond est d’une simplicité fantastique, et E. Delacroix a sans doute, comme Michel-Ange, supprimé l’accessoire pour ne pas nuire à la clarté de son idée. Ce chef-d’œuvre laisse dans l’esprit un sillon profond de mélancolie. » 



 Charles Baudelaire


18 août 2014

Sur une statue de Michel-Ange

Esclave mourant, par Michel-Ange, 1513-1516 



Esclave, mais non pas de l' homme, et qu' au matin
À peine de ta vie, accable le destin. 


Paul-Jean Toulet



16 août 2014

je m'endors




Homme qui dort par Bronzino 

Dans l'odeur
de ma nudité
je m'endors   


Abe Kan'ichi

14 août 2014

La fleur est un sexe







Chaque fleur est un sexe. Y avez-vous pensé quand vous respirez une rose?  



René Barjavel

12 août 2014

réussite...




« La serviette n'est jamais qu'un torchon qui a réussi.»   



Jacques Sternberg

10 août 2014

l'apprentissage de la femme

Tsuguharu Fujita, autoportrait 



« Je crois que les félins ont été donnés aux hommes pour qu'ils fassent auprès d'eux l'apprentissage de la femme »   



Tsuguharu Fujita



8 août 2014

Mer caraïbe

La plage de Jacmel 


Dès la plus lointaine enfance la mer te met en accord cosmique avec les êtres, les lieux, les plantes, les animaux, les pierres, les pluies et les fables enchantées du monde.

C'est l'utérus initial
le passé amniotique
la source chaude au départ
le réel merveilleux autour du cordon ombilical. 

Dès les bancs de l'école la mer t'apprend à être toujours de mèche avec libellules et papillons poissons et colibris eaux et galets des rivières fêtes et souffrances de la vie.

L'école est située sur une falaise le golfe de Jacmel est son grand voisin bleu dans la classe la mer caraïbe nous offre l'ailleurs qui protège de son aura le prodige indigo du ciel et des vagues l'éclat contagieux de l'écume associée au mystère fascinant de la langue française.

La mer lave chaque mot de la vie que l'aventure de Christophe Colomb a passé au bouchon brûlé ou à la chaux des pièges sémantiques : indien, blanc, noir, mulâtre, jaune  

il y a un grand arc qui vibre avec la double corde créole et francophone ; il y a la mer, médiatrice de la parole française, qui lie en joyeuse mesure de mère îles et terres fermes, saveurs et sortilèges du pays natal ; il y a l'a b c maternel de la mer qui met sous tes sandales de poète son vital élan de sel et de liberté.  



René Depestre


6 août 2014

Le chat de Geluck





« Le chat est comme la sauce bolognaise, il retombe toujours sur ses pâtes. »   


Philippe Geluck

4 août 2014

Je tremble

Dessin du bombardement de Hiroshima au Hiroshima Peace Museum, Japon 



Je tremble au souvenir 
De ma ville en flammes    


Terayama Shûji



3 août 2014

Glenn Gould joue Bach

Glenn Gould joue Bach


  « … Ensuite plus rien n’arrive, que des disques avec le nom dessus. Un prénom vif et sec comme l’attaque d’une sonate — Glenn. Un nom plus sourd, la vibration maintenue du nom comme dans les profondeurs d’un adagio — Gould. Glenn Gould, renard des neiges, marmotte des sons. Il joue Bach, et encore Bach, et surtout Bach. Il pourrait à vrai dire jouer n’importe quoi: le charme serait toujours le même, la grâce d’un prince adolescent, le charme d’un départ sur la pointe des notes. Quand on parle, on campe dans sa parole. Quand on se tait, on campe dans son silence. Quand on joue de la musique, on lève le camp, on replie sa tente et on s’éloigne dans le chant faible, délivré de la corvée de dire et de taire. On s’éloigne comme un jeune homme s’éloigne — sans savoir vers quoi, car sinon ce ne serait pas s’éloigner. Dans la musique on est comme dans l’amour: engagé sur le sentier de la vie faible. On va du point A au point B, d’une lumière à une autre. On est entre les deux, buchant dans le noir. Vivant d’incertitude et souriant d’hésitation, attentif à ce mouvement en nous de la vie frêle, oublieux du reste. » 

 Christian Bobin